Salut tout le monde !
Après un retour de nuit en train, j'ai retrouvé mon lit avec grand plaisir après tant de nuits sur le matelas gonflable !
Île de Rügen
J'ai donc emprunté l'itinéraire cyclable du Ostseeradweg jusqu'à l'île de Rügen, sur laquelle j'ai passé quatre jours pour en faire le tour, malheureusement en grande partie sous la pluie. J'y ai fait de très belles rencontres aux campings. Le premier jour, un homme qui faisait le tour de Rügen à vélo, le lendemain une professeure des écoles hambourgeoise qui faisait le Ostseeradweg seule avec qui j'ai discuté une heure quand nous rechargions toutes les deux nos batteries externes dans les sanitaires et, le dernier jour, une femme de mon âge qui voyageait à vélo seule aussi avec qui j'ai discuté deux heures dans l'obscurité des arbres au camping et qui m'a offert une bonne tisane... Des échanges qui font du bien (je suis presque bilingue, cela facilite évidemment le contact).
Le dernier jour sur l'île, j'ai visité ce qui devait être le camp de vacances nazi de Prora et son centre de documentation. Un complexe impressionnant qui est désormais évidemment devenu un complexe d'immobilier de luxe, excepté le centre d'information.
De Rügen à Usedom
Ensuite, je suis redescendue vers Greifswald, très jolie ville portuaire avec un centre-ville très soigné, puis ai atteint l'île d'Usedom, malheureusement très routière, mais dans un camping très agréable aux accents zen, alors cela réconforte.
Et puis j'ai continué sur cet itinéraire cyclable pour atteindre la Pologne depuis la côte ! Le passage de la frontière est un peu tristounet, alors même qu'il est à deux pas de la plage. En arrivant en Pologne, passage dans la forêt sur une dizaine de kilomètres, une déviation il me semble pour contourner un site sécurisé avec des gardes... Des panneaux un peu trop alarmants indiquent la présence de tiques (les panneaux m'ont fait plus peur que les tiques elles-mêmes

). Le soleil était enfin présent et n'est plus reparti jusqu'à la fin du voyage ! Je me suis allongée sur la plage de sable fin de Miedzyzdroje, moment inoubliable...
Après la forêt, j'ai atteint la lagune de Stettin (Szczecin) et ses chemins de gravier et de sable, superbes paysages qui s'étendent loin dans l'horizon. J'ai passé une nuit dans un camping tout simple - un terrain herbeux, une toilette, une douche, un évier comme plantés au fond d'un jardin - et je me suis délocalisée pour prendre mon repas du soir au bord du petit port de Kopice car l'étroitesse du camping faisait qu'il n'y avait aucune intimité dès que l'on sortait de la tente !



Le lendemain, deuxième journée de parcours de la lagune de Stettin, puis je suis arrivée à Stettin en longeant de grands axes routiers qui m'ont bien épuisée. Après avoir fait sécher la tente de manière très discrète au milieu des touristes, je me suis rendue au bel hôtel que j'avais réservé pour me récompenser de tous ces efforts et passer deux jours à visiter Stettin confortablement. Parking vélo sécurisé, cela dispense de bien des inquiétudes !





Durant mon séjour à Stettin, j'ai remarqué que la fatigue mentale et physique s'était accumulée après avoir enchaîné 11 jours de pédalage sans pause, 60 km au quotidien au minimum. Et avec le soleil qui pointait enfin le bout de son nez, je me suis dit qu'il fallait que je lève le pied et que je revoie ma façon de créer mes itinéraires pour pouvoir aussi me reposer et profiter davantage des lieux dans lesquels j'étais, par exemple pouvoir rester deux heures à un lac si j'en ai envie. Je sentais une sorte de frustration de parfois seulement caresser certains endroits auxquels j'aurais aimé m'attarder, ce qui était impossible avec des étapes de 80 km et des réceptions de camping qui ferment à 18h...
Retour en Allemagne vers le plateau des lacs (Seenplatte)
La destination de mon voyage est Schwerin, une ville située à l'est de Hambourg, me permettant de prendre un train pour passer deux jours chez une amie qui habite Hambourg. A ce moment-là du voyage, il me reste 4 jours de voyage pour atteindre Hambourg.
Afin de me ménager, j'ai décidé de prendre le train pour quitter la Pologne, rejoindre le plateau des lacs du Mecklenburg-Vorpommern et ainsi m'avancer au plus près du camping suivant, situé au bord d'un lac et proposant le check-in dès 11 heures. J'ai donc pris le train entre Stettin et Neubrandenburg pour m'éviter l'étape de 110 km que j'avais prévu, arriver en fin de matinée au camping, planter la tente et profiter de la journée. J'ai vraiment bien fait, cela m'a permis de me régénérer. J'ai fait une belle balade de 30 kilomètres sans les bagages l'après-midi, notamment sur une partie de l'itinéraire du lendemain qui finalement n'était pas si roulant que cela, ce qui m'a permis de rectifier le tir.



L'ultime étape
Le lendemain, donc le quatorzième jour, je suis remontée en selle avec mes bagages pour aller du côté d'Alt Schwerin. Une journée difficile car passée la jolie ville touristique de Warne au bord du lac de Müritz, le parcours s'est révélé compliqué pour éviter les grands axes. Pour couronner le tout, le camping était archi nul, situé au bord d'une nationale, les campeurs relégués dans une forêt de pins bordant la nationale tandis que les camping-caristes trônaient fièrement au bord du lac... Bref, soirée difficile et recherche de solutions pour que le reste du séjour se déroule au mieux en termes d'itinéraires et d'hébergements. J'ai passé plus d'une heure à refaire l'itinéraire du lendemain en créant de gros détours pour éviter une nationale dénuée d'aménagements cyclables et d'itinérires bis. Je m'endors anxieuse et tendue.
Hop, réveillée à 5h par la lumière et l'insatisfaction, je remballe tout et je prends la route à 7h pour maximiser les chances de prendre mon temps sur la route et de pouvoir adapter encore une fois l'itinéraire si besoin pour cet avant-dernier jour de voyage qui constitue la dernière grande étape (86 km, 765m de D+).
Après des chemins peu roulants, j'arrive sur des routes secondaires très agréables, puis à un lac où je trempe mes pieds et me repose un peu. Le sentiment de plénitude revient et s'intensifie quand après 40 kilomètres de no man's land, j'atteins le café où je voulais prendre un deuxième petit-déjeuner tardif. J'y suis très bien accueillie, avec le sourire et des viennoiseries de qualité (rares en Allemagne), et j'en profite pour faire une belle pause d'une heure. Dans la belle ville de Marlow, je mange une excellente pizza en terrasse qui fait du bien pour le reste de l'après-midi...


Après 60 kilomètres, j'arrive au niveau de la nationale dont le début est bordé d'une piste cyclable, comme je l'avais vu sur la carte. Au moment de suivre les indications de ma montre et de tourner à gauche pour commencer mon détour de 10 kilomètres en forme de U pour éviter la partie dénuée de piste cyclable, je me dis "et puis mince, tant pis, pas envie de faire un détour, je vais rouler sur la nationale quand il n'y aura plus de piste, je vais vroumer en mode turbo, ce sera pas la première fois, et puis il y a pas tant de circulation". Je ne tourne pas à gauche pour prendre le détour mais continue donc le long de la nationale, me préparant mentalement à la fin imminente de la piste cyclable qui m'obligera à turbo-vroumer sur la nationale pendant trois kilomètres.
Je vois au loin le panneau "Ende" indiquant la fin de la piste cyclable, préparation mentale en cours, la jauge se remplit, et puis tout à coup, que vois-je : UNE PISTE CYCLABLE TOUT JUSTE ACHEVÉE ! Des barrières de chantiers barrent l'entrée sur la piste pourtant déjà empruntée, à en croire les différentes traces. Lasse de toujours respecter toutes les règles en Allemagne (les feux rouges en tant que piéton même quand il n'y a personne à 5 kilomètres à la ronde, entre autres), je me dis "allez, j'y vais, vive la transgression". Et là, c'est vraiment un sentiment de béatitude qui m'envahit, je me mets à chanter n'importe quoi en allemand et je me dis que c'est vraiment une super journée, entre l'itinéraire au top préparé avec tension la veille et cette piste cyclable qui éclot de nulle part...
J'atteins le camping de Dobbin am See, très bel endroit qui dispose de trois Zeltwiesen/prairies à tentes au bord de l'eau interdites aux voitures (le pied !). Il est calme, l'eau du lac est terriblement rafraîchissante, c'est juste exaltant ! La petite lessive quotidienne est faite et sèche en une demi-heure, et puis je prépare mon dernier petit festin de camping. Tandis que je retourne à ma tente, un couple allemand voyageant en voiture et tente m'aborde : "Hey, vous étiez pas au camping de l'île d'Usedom il y a quelques jours ? On a l'impression de vous reconnaître avec votre vélo !". Et effectivement c'était bien le cas !



Après toute cette vague de satisfaction, la nuit fut évidemment reposante et le lendemain, je me suis dirigée vers un joli café tenu par un propriétaire ouvert aux échanges, puis j'ai pédalé 13 kilomètres à travers les champs pour rejoindre la gare de Bad Kleinen et prendre le train pour Hambourg avec correspondance à Lübeck. Sur la route, je suis tombée sur une petite cabane de vente de Fischbrötchen/petits pains aux poissons qui faisait aussi bistro, alors je me suis offert une dernière petite bière locale (toujours sans alcool, un classique en Allemagne que l'on attend en France !).


Après quelques péripéties dues aux retards et aux annulations de train, je suis arrivée à Hambourg en accompagnant un adolescent allemand qui voyageait pour la première fois avec son VTT et m'avait demandé s'il pouvait voyager avec moi.
Après un court séjour à Hambourg chez une amie, direction la gare centrale / Hauptbahnhof pour prendre le train de nuit direction Offenburg, pour rentrer ensuite sur Strasbourg. De très belles rencontres dans ce train de nuit que je prends régulièrement (rapide, économique sans couchette - 45€ -) : un jeune homme allant à Karlsruhe pour rejoindre ses copains et relier Barcelone en 20 jours auquel j'ai pu donner des conseils sur la réglementation du bivouac et l'astuce de l'approvisionnement en eau dans les cimetières en France, et une jeune femme hambourgeoise qui déménageait à Strasbourg en train en emportant son vélo. Nous avons échangé les contacts.
Voilà un voyage enrichissant, tant sur le plan physique, mental, émotionnel que relationnel ! Maintenant il faut vider les sacoches...
