vieuxjim a écrit : mer. 15 avr. 2020 20:44
AU fait , les amis, je suis de plus en plus intrigué pas la tournure que prend ce post intitulé "
ce matin ou hier, j'ai roulé..."
Il est grand temps qu'on s'y remette !!!
Hein? Quoi? Qui a dit le 11 mai?
Amitié
Jimmy
Tu as raison, Jimmy. Revenons à nos sorties...
La journée de mardi a été particulièrement délicieuse en Languedoc, avec une température approchant les 25° dans l'après-midi.
Après mes occupations de la journée, je me suis rendu au garage pour retrouver ma randonneuse accrochée au pied d'atelier depuis quelques jours. Mon projet du moment: "rénover" la partie avant du vélo.
Son état n'était pas catastrophique mais je n'y avais jamais vraiment travaillé depuis 5 ans environ que je possède ce vélo. Les freins Mafac Racer en alliage d'aluminium, bien que propres, s'étaient ternis avec le temps (près de 40 ans). L'année dernière j'avais profité d'un démontage pour passer le frein arrière à la laine de fer. Le résultat fut très convaincant mais faute de temps, je n'avais pas pu répéter ce boulot à l'avant. Ce foutu confinement aura l'avantage de m'en donner un peu, du temps. Démontage complet, passage au Belgom alu et graissage des pivots. J'en ai profité pour remplacer la visserie méchamment piquée voire rouillée qui malgré les passages à la laine de fer, était irrécupérable; idem pour les tringles de garde-boues, dont la couche de galvanisation médiocre s'était à jamais noircie. Le tout a été prélevé sur un beau mixte que j'avais acheté à une brocante pour ma fille de 17 ans qui n'en a pas voulu et qui est accroché depuis plus de 3 ans sur un rack. J'en ai aussi profité pour changer le silent bloc du garde-boue Av qui s'est révélé un peu écrabouillé, passer les moyeux au Belgom et les jantes aussi.

- IMG_20200412_174732_CY.JPG (83.69 Kio) Vu 3374 fois

- IMG_20200412_190251_CY.JPG (280.51 Kio) Vu 3374 fois
Après avoir réglé le dernier câble et ajusté les patins, je sors enfin ma randonneuse. Parée de ses bijoux rutilants, de ses garde-boues briqués (et même décabossés), elle est magnifique. Comme une star elle capte les rayons de cette chaude et éclatante lumière du soir.
Je n'avais qu'une envie: profiter de la dernière heure de la journée pour m'échapper seul avec elle. Ses rides, peu visibles pour qui l'observe de loin, ne me dérangent pas. Sa taille fine, ses parures "argent" et sa robe lavande sobrement métallisée font plus pour son élégance et son air distingué que n'importe quel matériau carboné et teinture fluorée. Il ne pas confondre "classe" et "bling-bling". Je la contemple, la dévisage et la photographie. Un passant à l'oreille fine aurait pu entendre le cyclo-matou ronronner de l'autre côté du mur...

- IMG_20200414_192039_CY.JPG (120.9 Kio) Vu 3374 fois
Mais le matou ne se contente pas de mater son destrier, il le monte. J'enfourche ma randonneuse en oubliant presque mon "autorisation dérogatoire". Je la dématérialise sans coup férir sur mon "ordiphone" pour m'en aller illico. A peine sorti de ma zone pavillonnaire, je m'arrête déjà pour saluer les chevaux Camargue qui pâturent là. Fier, je leur présente ma monture. Ils s'en foutent.

- GX5_13933_DPP_CY.JPG (102.83 Kio) Vu 3374 fois

- GX5_13934_DPP_CY.JPG (328.79 Kio) Vu 3374 fois
Je continue vers la garrigue par une petite côte, quitte le bitume pour rouler - prudemment et lentement - sur un chemin caillouteux jusqu'aux pins parasols ostensiblement plantés au sommet arrondi de leur colline. Encore une fois; comme dimanche et encore quelques jours avant et certainement plusieurs jours après, confinement et satané kilomètre obligent.
D'ici la vue à 360° embrasse la campagne et jusqu'à la mer, au Sud-Est. Mieux; à cette heure-là, vers le Nord, le décor se décline en plans successifs: Pic Saint Loup et Hortus d'abord,

- Pic St Loup et Hortus
- GX5_13946_DPP_CY.JPG (253.74 Kio) Vu 3374 fois
la Séranne et le Mont St Baudille ensuite, qui cachent les causses; puis, enfin, la ligne de crête de l'Aigoual au Lingas, c'est à dire les Cévennes.

- Cévennes
- GX5_13947_DPP_CY.JPG (226.81 Kio) Vu 3374 fois
Elles m'invitent à rêver aux randonnées qui me manquent si cruellement en ce si beau printemps (et celle de naeco). L'atmosphère, jusqu'ici parfaitement calme, se met à frémir: le zéphir vient de la mer. Je la vois, la grande Bleue. Je suis en hauteur juste ce qu'il faut pour me la rendre réelle et me faire languir de ne pouvoir me promener sur sa plage.

- La mer à Palavas
- GX5_13949_DPP_CY.JPG (221.53 Kio) Vu 3374 fois
Mon village - qui n'en est plus un - dresse son clocher pour se montrer pittoresque et joue à l'être encore.

- GX5_13942_DPP_CY.JPG (396.51 Kio) Vu 3374 fois
Ma randonneuse accoudée à un pin solide et méditerranéen brille de ses chromes dans cet écrin de nature qui me la rend plus désirable encore.

- GX5_13940_DPP_CY.JPG (213.05 Kio) Vu 3374 fois

- GX5_13944_DPP_CY.JPG (100.32 Kio) Vu 3374 fois
Je suis comblé: je n'en fantasme pas d'autre, ni maintenant ni plus tard; je le sais. Je n'ignore pas, bien sûr, qu'elle a une histoire. Je n'ai encore jamais cherché à la connaître. Elle m'est désormais confiée, c'est tout ce qui m'importe. Je continuerai à prendre soin d'elle et surtout à nous conduire par monts et par vaux, bien au-delà des causses, du Rhône, de l'Aude et même de la Garonne.
Le soleil descend, je suis attendu pour dîner (souper

). Non, je n'abuse pas de mon laisser passer "dérogatoire" d'une heure; je ne suis pas de cuisine ce soir non plus. Alors je rentre en marchant, tous sens en éveil, sur le chemin caillouteux, tenant ma randonneuse non par la main mais par ce que je n'ose appeler par ce vilain nom (comme on ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu).

- GX5_13951_DPP_CY.JPG (144.79 Kio) Vu 3374 fois
De ce pas je peux regarder tout autour et me gorger encore un peu de ce paysage. Juché sur ma monture, je devrais me concentrer pour éviter les cailloux tranchants. Quelques coquelicots d'un rouge adultère attirent mon objectif irrésistiblement et m'arrêtent.

- Coquelicots
- GX5_13956_DPP_CY.JPG (45.66 Kio) Vu 3374 fois
Le bitume retrouvé, je remonte sur ma bicyclette et me laisse dévaler la colline. Avec la vitesse, le fond de l'air se manifeste. En cette saison, tous les sens sont chatouillés: la rougeur du coquelicot, la verdeur des feuilles nouvelles, l'odeur de la garrigue; mais aussi cette fraîcheur délicieuse qui m'enveloppe et me surprend soudainement quand j'atteins le bas de la descente. Il ne s'y trouve pourtant q'un fossé collectant de temps en temps un peu d'eau. Pas même un rieussec. Mais il y fait suffisamment humide pour faire tomber quelques degrés en quelques tours de roue de 700 dès les derniers rayons de soleil cachés. Il n'en faut pas tant pour m'arracher un frisson qui redit encore la chance d'être en lisière de campagne et non pas à la ville.
De retour sur la route, mon ombre s'agrandit alors que s'achève ma sortie quotidienne existentielle.

- GX5_13962_DPP_CY.JPG (63.94 Kio) Vu 3374 fois
Je ne peux m'empêcher de me retourner une dernière fois vers le couchant et de remercier mon Dieu nature et ma bicyclette pour une heure de bonheur égoïste.

- GX5_13960_DPP_CY.JPG (155.79 Kio) Vu 3374 fois