AngstromCyclo a écrit : lun. 28 nov. 2022 13:22...
Il faut choisir nos batailles...
C'est tellement vrai. Autant que de courir après deux marcassins (ou lièvres selon l'expression). Et pour s'en sortir et manger le soir, il faut bien choisir, avec les renoncements qui vont avec. Quand on court tous les jours, du matin au soir, entre les obligations réelles et les obligations "relatives" (que l'on s'impose soi-même ou que les autres nous imposent, acceptées à défaut d'y réagir), il est d'une part souvent difficile de reprendre le recul utile, nécessaire, que pour ne pas contribuer à l'enlisement vers lequel certains nous mènent.
Et c'est pour cela qu'une réflexion que j'ai pu également lire dans certains propos de J. faisait écho à mes propres réflexions : "Pourquoi ?"
Pourquoi rouler, pourquoi faire des photos, pourquoi raconter, pourquoi partager ?
Pourquoi courir après le temps? Et s'il y a bien un exemple montrant le temps qui passe c'est bien celle d'une roue qui tourne, de deux roues qui plus est, pour nous rappeler ainsi la roue du temps qui passe. Et chacun de nous pouvons y trouver de multiples réponses. Ou encore ne même pas se poser la question ...
Mais pour moi cette question demeure au travers de toutes mes pérégrinations. Un questionnement permanent du "Pourquoi?", du moteur de mes choix, dans une société qui sans conteste, ne me correspond pas et dans laquelle je m'intègre comme faire ce peut, dans une société sourde à ce qui me semble du bon sens critique, et qui au contraire prend selon moi la direction inverse à celui-ci creusant toujours plus la tombe de ceux qui nous suivront.
Stop ! STOP !
Oui, bien sûr loin de moi l'idée de lancer le débat sur des questions politico-ethico-... non-conformistes etc. Ceci n'est pas le lieu, mais le regard que l'on donne à une sortie peut être totalement différent selon ce contexte personnel. Le sens des trajets, des raisons, des photos et leur interprétation, tout peut changer selon le regard que l'on a "dans la tête." Pourtant ces questions sont l'un des moteurs aux tours de roues effectués, et au partage des beautés rencontrées, de l'évolution de notre environnement de vie, ou encore de nos impacts.
Depuis ma dernière sortie, le moral n'y est pas trop. Deux occasions de rouler s'envolent. D. (externe déjà cité) me propose bien une sortie en B.W. one day, Ph. (autre externe) une autre sortie cette fois en VTT, ou encore le club qui sort 3 fois semaine, et parfois je tombe sur eux au hasard de mes départs. Mais pourquoi roulent-ils ? Pour garder la forme? Pour respirer? Pourquoi ces mêmes lieux et itinéraires ? Pas besoin de plus ? A force de passer à ces endroits "conventionnels" même si agréable, ils en deviennent banals à mes yeux, surtout qu'il ne sont que parcouru, sans s'arrêter excepté l'éventuelles pause "café"! Il faut un lieu d'exception que pour conserver au fils des passages cet éblouissement à nos yeux. Un canal perdu dans un plat pays, devient vite "alimentaire" à être vus de manière plus qu'hebdomadaire... Je ne les juge pas, et ne me permettrait pas d'évaluer les motivations qui sont à juste titre propre à chacun. Mais ce ne sont pas les même pour chacun, c'est certain.
Mais j'ai besoin d'aller voir plus loin pour prendre de l'air, respirer de l'air moins pollué. Respirer un air moins envahit de bruits, de lumière, de personnes et de tous leurs choix dont un certain nombre m'attriste, me touche. Respirer. Quoi de mieux à faire, puisque vivre c'est respirer... Quoi de mieux à faire un jour de grand froid, que de prendre son vélo et ne rencontrer que de très très rares vélos, promeneurs de chiens, famille et enfants sur la glace, et même peu de voiture puisque une bonne part regarde un match de football tellement important "France-Argentine". Le calme du froid rejoint alors le calme du trafic réduit en ce sens.
Partons pour aller visiter ces coins plus ou moins connus et inconnus au travers de ce Brevet des Provinces Belges. Aujourd'hui, nous irons donc à l'embouchure du Rupel, par étapes.
Tout d'abord, un petit passage devant la
maison communale de Schaerbeek, maison communale qui ferait facilement pâlir certains hôtels de ville, et ce afin d'une part vous le montrer en photo, mais également afin de l'accrocher au mur/listing des maisons communales de Bruxelles que je vais accumuler/parcourir.
Une première étape m'amènera à Grimbergen dont je ne prendrai pas de photo, déjà connue, je filerai vers deux châteaux à Humbeek, qui hélas ne me seront pas visible depuis l'espace publique. Je passerai ainsi devant un premier
Kasteel ter Wilder,
Gravenkasteel , alias
chateau de Humbeek ou
Lunden castle , en n'y voyant au final que quelques traits inutiles à photographier autre que par ma mémoire, et cette cahute au style caractéristique. Un chateau pourtant sacrément impressionnant, bordé d'une écurie, d'un haras.
Je poursuivrai la route vers le Canal Vilvorde-Willebroek, aussi connu comme le canal de Boom, et pourrai par deux fois regarder aux ponts-levis des péniches passer en attendant de pouvoir passer de l'autre côté. Sur la deuxième photo, on peut ainsi voir l'intégralité de la structure du premier pont.
Ensuite, direction un peu d'histoire. Je reviendrai alors vers un de ces lieux de mémoires, aux consonnance également personnelles, le
fort de Breendonk. Ce camp de concentration et de déportation qui durant la seconde guerre mondiale de 1940-45, fut le gardien de 3.500 détenus, et le témoin de 184 fusillés et 23 pendus.
Il fait froid, très froid, j'ai les pieds "gelés" par ce -3°C. Je marcherai avec respect dans cet espace foulé par tant de personnes, parfois avec les pieds probablement plus gelés que les miens, dont que j'ai connu. Je crois n'avoir jamais pu y aller dans le passé par le poids de ce que l'on m'en avait conté, et des horreurs qui y avaient été vécues. L'histoire apprend à l'Homme, qu'il n'apprit jamais rien de l'Histoire. L'actualité n'en est que la triste illustration à plusieurs titre.
Comment oserais-je me plaindre de mes pieds?
Je continue ma route, l'esprit se mêlant à la mémoire. Curieusement une peinture sur façade, art qui m'interpelle souvent, me touche avec beaucoup de profondeur.
Charlotte De Cock signe ici une très belle interprétation libre d'une chevauchée en robe. Les couleurs s'intègrent parfaitement au cadre.
Tout est gelé, et le soleil perce à peine la couche de nuage. La légère brise vient dans le dos, et ne pose aucun soucis, tandis que l'odeur du vent ne m'annonce encore aucune modification climatique sous peu.
Par contre, il faut le reconnaître, le "pays flamand" fait d'énorme effort pour les cyclistes et pour les pistes cyclables. On peut leur tirer notre casque. Mais cela implique nécessairement des zones de travaux, que l'on rencontre souvent en weekend à l'éarrêt, et où les déviations sont plus ou moins bien acceptées, voir parfois complètement décriées...
Les petits canaux et bras peu mouvementés sont complètement à l'arrêt en surface. De multiples traces montrent le passage de promeneurs et patineurs, en verrais-je? C'est le dernier jour parait-il par chez nous ...?
J'arrive ainsi à l'écluse embouchure du Rupel sur la Schelde, et son écluse. Et me dirige vers le water-bus pour en connaître les détails fonctionnels. Ce bateau permet aux piétons et cyclistes de traverser la Schelde vers/depuis RupelMonde, et ainsi éviter un détour d'une bone 50aine de KM. Cette traversée organisée à titre gratuit, est à l'heure, et à la demi-heure, durant les mois d'avril à septembre. On pousse sur le bouton, et le bateau arrivera à l'heure juste ou la demi, donc à la demande... plutôt sympa. Lors de mon périple sur Zandvliet, j'ai pu utiliser ainsi le waterbus d'Anvers, très peu onéreux quand à lui il faut l'admettre, et qui plus est très sympathique, faisant ainsi la liaison entre d'ancien forts de défense qui ne tinrent pour la plupart pas plus d'une journée durant la seconde guerre mondiale.
Je passe ensuite par le chateau d'Hingene et son magnifique parc ouvert au public. A ben voilà, ils sont là les patineurs et autres "actifs" sur glace. Le froid commence à se faire sentir, le vent de face à présent se fait doucement sentir sur notre veste légère, qui non-cycliste, prend donc le vent à défaut d'être collé au corps. De multiples couches en-dessous (4) me permette de tenir ce qui me semble descendre vers du -5°C. Petit à petit, le soleil laissera la place à un petit vent, significatif d'un changement de météo... Cela sent la neige... mais elle ne viendra pas.
Je raterai le
Gravenkasteel à Lippelo (y en avait 3 de chateau à voir, et le cerveau avait sans doute frais...) mais verrai une
Redoute de la première guerre à Puurs (1912). Pour ensuite me diriger vers le
château "Hof te Melis", visible depuis son entrée de charme. Ce château fut en partie détruit brulé au début de la guerre 14-18, puis reconstruit en 1920 avec certaines modifications, même si les dépendances demeurent de l'ancien plan.
Direction ensuite le centre géographique de la région flamande, centre tout à fait fictif d'une région dont l'historique est tout relatif. Mais centre comémoré dans les années 90, au même titre qu'en région wallone, ou en Belgique. Ces 2 autres points seront pour une autre expédition.
Je m'arrêterais bien, mais soit les gants restent collés au guidon, soit le courage de devoir se remettre en selle me manque, mais je n'arriverai pas à m'arrêter. Ne pas s'arrêter, que pour pouvoir continuer. -6°C ^^ Et ainsi arriver à Wemmel, dernier point du BPB de ce jour, avant de rentrer chez moi. Afin d'éviter la circulation dans le noir, les multiples aménagements variés d'une ville active, et une météo changeante..., je reprendrai alors le métro de la ville pour faire la dernière jonction. Bien m'en a pris, les informations du soir relateront le nombre impressionnant d'accident suite à la pluie tombée en soirée, sur ce sol particulièrement gelé.
Prochain numéro après Noël ?
La vie, c'est comme la bicyclette.
Il faut avancer pour ne pas tomber.