amorcer un début de réflexion à propos de l'intérêt _ ou pas _ d'investir beaucoup d'argent pour pratiquer le cyclotourisme plus ou moins
engagé.
A tout seigneur, tout honneur: commençons donc par évoquer "Lumbago": un médiocre VTC d'entrée de gamme acheté 500 écus en 2011. C'était la
toute première fois que j'achetais un vélo flambant neuf, puisqu'auparavant, j'avais toujours roulé sur de vieux clous rafistolés, dont un
antique demi-course Peugeot au JDD très fatigué et au pédalier guère plus vaillant _ il tournait plutôt carré et se dévissait tous les 500 km!
Même pas peur. Je l'avais surnommé "Grinçant", pour des raisons évidentes...
Bref, après des années d'abstinence, lorsque j'eus l'idée géniale et absurde de me remettre aux voyages au long cours, "Grinçant" étant hors
d'état de gémir, il me fallait donc un autre engin. Je découvris avec effarement qu'en l'espace de 15 ans, le matériel avait beaucoup évolué.
Dit autrement: j'étais largué! La plupart des vélos modernes semblaient patauds, avec leurs énormes cadres en alu tellement surdimensionnés que
certains tubes atteignaient le diamètre de descentes de gouttières, leurs soudures dégueulasses, leurs "sloopingue" plus ou moins accentué, et
leur fourches suspendues dont je me demandais bien à quoi elles pouvaient servir sur des routes à peu près en état.
Toujours est-il que, en parfait néophyte aux moyens limités _ impression d'être un voyageur temporel déboulant des années 90 dans un univers
étrange et décalé _ j'en arrivais à choisir ce qui semblait le moins pire des vélos disponible chez le vélociste du patelin: un VTC de marque
Lombardo. Pour 500 balles, j'avais droit à un cadre en alu moche et basique, un pédalier triple, une roue libre 7 vitesses, des garde-boue
bruyants, un solide porte-bagages arrière, des roues de 700, l'incontournable fourche suspendue, et des kilos d'autocollants sur toutes les
parties du cadre possibles et imaginables. Une photo récente de la chose:

Suffisait d'ajouter quelques accessoires: une béquille plus robuste, des pneus Marathon + en 35, des sacoches, des cale-pieds en résine, un
porte-bidons, et... j'étais prêt à partir. Ce que je fis... et pas sur le mode "petite promenade gentille le long des canaux de la Loire en
regardant béatement voler les jolis papillons tout plein de couleurs."
Oh que non: cette année là, j'ai effectué un long voyage, de Saint-Quentin à Gujan-Mestras, près d'Arcachon. Aller puis retour. Environ 2000 km
du Nord au Sud, pendant un "bon" mois. Enfin, façon de parler, puisque cette année-là, je dus composer avec 3 semaines de pluie, vent à décorner
les bœufs, voire tempête en bonne et due forme. C'était une folie! Une sorte d'expédition kamikaze. J'ai donc _ forcément _ souffert comme un
damné: mal aux jambes, au fondement, aux bras, aux coudes, au dos. D'où le sobriquet donné à cet affreux VTC inconfortable et aussi roulant
qu'une bétaillère.
Sauf que: "Lumbago" n' jamais failli. Pas de problème de dérailleur, ou de freinage, pas de roue voilée, pas de cadre cassé, et pas même de
crevaison à déplorer. Rien. Nada. Ce qui tendrait à prouver que n'importe quel vélo d'entrée de gamme, pour peu qu'il soit assemblé / réglé
correctement, permet de voyager sans soucis. Pas besoin de dépenser des fortunes dans des randonneuses de l'ultime. Vraiment. Des milliers de
cyclotouristes le prouvent tous les jours.
D'ailleurs, aujourd'hui, "Lumbago" roule toujours. Sa roue arrière avec roue-libre à visser a été remplacée par une roue à cassette à 25 euros (
suite à un petit accident), le guidon a aussi été changé par un modèle recourbé à 35° plus confortable, idem pour la selle, et j'ai également
rajouté un éclairage à piles digne de ce nom, suffisant pour rouler la nuit hors zones péri-urbaines. De même, j'ai viré la très lourde tige de
selle suspendue qui me faisait rebondir dès que la cadence s'accélérait. A part ces menus détails, c'est toujours le même vélo, pesant (17 kg)
et raide comme la justice (saloperie d'aluminium!).
Ce qui a changé, en revanche, c'est... le couraillon, devenu beaucoup plus affûté, souple, efflanqué comme un vieux loup. J'ai perdu 7 kg, gagné
en puissance, en vélocité, et une position assez penchée ne me pose aucun problème de cervicales. Conséquence: je peux enchaîner des sorties de
150 km sans agoniser à la moindre côte ou rafale de vent. Y compris en étant chargé comme un mulet. Certes, "Lumbago" est roulant comme une patate, il ne faut pas compter sur lui pour exploser des records de vitesse, ni fournir des accélérations de champion en côte, mais ça n'a pas
tellement d'importance. J'y suis habitué, comme on s'habitue à un vélo-à-tout-faire ou à un vélo d'entrainement.
De là à n'avoir rien de mieux... faudrait voir à ne pas pousser mère-grand dans les orties. D'où l'achat, après un long moment de réflexion, d'un second vélo, à l'opposé du premier. Mais c'est une autre histoire que je vous raconterai dans un prochain billet.
A suivre.
Miles.



).