Nombreux sommes-nous ici à avoir vécu cette période, et à qui peut-être cette rengaine des années soixante, due sauf erreur à Dalida rappellera quelque chose...
Mais ce qui en a fait un tube planétaire, c'est son interprétation instrumentale par un célèbre orchestre de jazz : le Dutch Swing College Band.
Fondé juste à la fin de la guerre par des étudiants de l'Université de La Haye (d'où son nom), il fête cette année ses 70 ans d'existence... Évidemment les musiciens de l'époque ne sont plus là et c'est la deuxième ,voire troisième génération qui a pris le relais, toujours avec le même talent. Et le style et le sound sont toujours là !
Quel rapport avec la bicyclette ???
On peut être à la fois fada de la bicyclette et aussi du jazz, l'une ne n'empêchant pas l'autre bien au contraire.... la preuve ?
En ce temps de canicule, a lieu à Lenk, dans l'Oberland Bernois, le traditionnel festival de jazz. Et qui est au programme ce samedi 18 juillet, hein ?
Le DUTCH SWING COLLEGE BAND...
Vous y êtes ?
Excellente occasion pour une virée hors de l'ordinaire, en passant par des routes et sites pas encore explorés par Alex ni par Joe et pas davantage par Albina.
Le programme.
Il y a deux ans, j'avais déjà fait cette virée, mais en passant par Thoune et la Grande Scheidegg (*). Il fallait donc trouver un autre itinéraire et l'ordinateur n'a pas chômé ces dernières semaines.
En partant de Berne, vers Schwarzenburg et la région de la Gruyère, jusqu'au pied du Jaunpass.
Je serai ainsi à pied d’œuvre pour attaquer à la fraîche la vallée des Fenils, une découverte, puis rejoindre Lenk par Saanen et Zweisimmen.
Deux jours de concerts, puis retour par le col de Hahnenmoos, Adelboden, Spiez. De là, train jusqu'à Saanen ou j'ai de la famille; puis retour par la route du Hongrin jusqu'à Aigle d'où les CFF se chargeront de me ramener à la maison.
Du moins, c'est le projet...
C'est parti...
Pour profiter de la fraîcheur matinale, j'ai pris le train très tôt ce jeudi 16 juillet, et à 7h30 je quitte la gare de Berne. Beaucoup de vélotaffeurs dans les rues, la plupart sur des vélos électriques. Bientôt je suis en pleine campagne ; cela grimpe jusqu'à plus de 1000 m sur 23 kms. Paysage agréable et circulation presque nulle après Schwarzenburg. Suit ensuite un itinéraire vallonné qui m'amène vers midi, après 65 kms, dans les environs de Bulle. La chaleur devient pénible et je trouve un joli coin à l'ombre, à l'extrémité du lac de la Gruyère. J'y passerai près de deux heures, pique-nique et sieste monumentale obligent...
14 heures, je repars mais pas pour longtemps : je passe devant l'usine Cailler à Broc, haut-lieu de l'industrie du chocolat. Des groupes de touristes attendent l'heure de la visite des lieux; moi je continue par une grimpette à 13% au sommet de laquelle m'attendent une coupe glacée et un bon café.
15 heures, la température n'est pas encore à la baisse, par contre les ombres sont plus longues et on peut déjà mieux rouler. Délaissant la route normale je prends un itinéraire qui passe au Sud du lac de Montsalvens. J'y trouve une paix royale mais aussi quelques raidillons pas piqués des vers... on ne peut pas tout avoir mon bon Monsieur ! Tout ça pour dire qu'à 16 heures je retrouve la route à la sortie de Charmey, un peu ramolli. Un quart d'heure de pause à l'ombre, puis le dernier acte en faux-plat se termine à l'Hôtel de la Cascade à Jaun.
Un col de plus...
Je connaissais depuis longtemps l'existence le la vallée de Fenils, entre Jaun et Saanen, mais n'avais jamais eu l'occasion de la parcourir : ce sera donc le grand moment de cette deuxième étape. Abordée à la fraîche, elle n'est pas très facile car le col de Grubenberg culmine à 1633 m. Petite route déserte, encore dans l'ombre au début : tout ce qu'un cyclo aime ! Par contre, la descente est terrible: 429 m de dénivelée sur 5 kms, mais pas régulier, passages à 13%...
Et je suis pris de compassion pour ces cyclos que je j'aperçois montant à ma rencontre... trop sentimental le Charles, ce sont des électrifiés !
Bref, il faut encore avaler la montée du col de Saanenmöser. Là, la circulation ce n'est plus cool du tout !
Descente grisante sur 8 kms, Zweisimmen. A la sortie je vois un de ces fameux panneaux rouges indiquant un itinéraire cycliste vers Lenk... Pas prévu comme ça mais après tout pourquoi pas ? J'ai toute mon après-midi pour faire les derniers 12 kms. Alors j'y vais : comme d'habitude ce genre de parcours amène son lot de surprises : passages non revêtus, raidillons etc. Sûr qu'au retour je ne passerai pas par ici ...
Le festival de jazz.
Vendredi soir, un quatuor italien composé d'une chanteuse et de 3 musiciens. Fondé il y a 2 ans seulement, n'est connu par pratiquement personne... ce fut une révélation et la soirée se termina par la standing ovation d' un public chauffé à blanc... Juste magnifique !
Pendant toute la durée du festival (10 jours), ont lieu pendant la journée, des "workshops" auxquels tout musicien amateur peut prendre part. Et le samedi matin, ces différents groupes présentent sur scène le fruit de leur travail. J'ignore si le saxo est l'instrument à la mode ou s'il est plus facile à jouer que d'autres, toujours est-il que toutes ces prestations étaient dominées par une avalanche de saxophones.
Et moi, je n' aime pas beaucoup le saxo...
Dès les premières notes, on sent déjà la classe de grands professionnels... Carrément du délire. Après une standing ovation, on ne les laissera partir qu'après un quatrième rappel !
Dimanche midi, le dernier concert. A l'affiche, le Fullsteam Jazzband, un orchestre semi-professionnel suisse. Il valait la peine de rester car ce fut un des meilleurs : j'ai acheté leur CD, c'est tout dire !
Mon plan de retour prévoyait le passage du col de Hahnenmoos 1950 m. Depuis mon arrivée ici, je cogitais sur cette grimpée et ses conséquences.
Faut dire que selon la carte, le final de 1,87 km, est un chemin dont l'état est incertain. Pour 300 m de D+ !!! le logiciel de cartographie calcule des pentes jusqu'à 26%...
Depuis le centre de Lenk, un panneau indique 8 kms... pour 900 mètres d'élévation !
Alors, considérant les expériences de ces deux premiers jours, je cogite : J'y vais ? j'y vais pas ???
Une petite voix se fait insistante : Sois raisonnable Charles. A ton âge... Tu ne peux pas être et avoir été. Tu ne peux pas avoir fait et vouloir faire...
Alors, j'obéis à la petite voix ; ce sera la route vers Zweisimmen, et pour me faire pardonner, je ferai en vélo la montée du Saanenmöser, mais par la petite route d'Oeschseite.
Comme toujours ce genre de petite route fait payer sa tranquillité par quelques surprises dont celle-ci : 20% cela ira ? Petit plaisir sadique : de loin, j'observe deux cyclos électrifiés pousser péniblement leurs lourds engins dans le champ à coté de la route, à cause d'un chantier.
Parce que, quand on ne pédale pas, le moteur ne fonctionne pas... Faut dire que juste avant ils m' avaient bien snobé dans le raidillon précédent. Bien fait !
Avant d'entamer la descente sur Gstaad, arrêt pour admirer le paysage, pendant qu'un train du "Golden Pass" emmène sa cargaison de touristes asiatiques vers les stations de l'Oberland Bernois. Saanen,13h00. Je suis arrivé à destination. Le reste de la journée se passera en famille avec de la parenté.
Dernière étape mais pas la moins intéressante : je vais à la découverte de la région du Hongrin. Par un itinéraire à l'écart de la grand route je commence par descendre la vallée de la Sarine (Saane en allemand) jusqu'à Montbovon.
Là, ravitaillement en liquide et solide car ce qui m'attend c'est quasiment le désert... Virage à gauche toute pour la grimpée du col d' Ayerne, 1465 m. Le sommet est encore loin, il faut d'abord arriver au barrage de l'Hongrin, point culminant de la route à 1400m puis redescendre un peu avant d'emprunter la route militaire qui longe le lac avant la montée finale qui culmine à 1547 m....
Y a donc du boulot ! Midi, au carrefour de la route militaire. A la prochaine place à l'ombre, je m'arrêterai pour le pique-nique et une pause prolongée... Tu parles Charles ! Une place à l'ombre ? et propice à une pause ? Tu rêves !
Cette route est tracée comme une voie rapide, avec des courbes larges savamment dessinées, enjambe chaque fossé, ruisseau, vallon sur d'imposants ponts et viaducs. Et surtout, les arbres les plus proches sont à 10 m de la chaussée : alors, de l'ombre...
Je dois rouler ainsi une bonne dizaine de kms avant de pouvoir quitter cette route et, à pied sur un chemin de terre, finir par trouver l'emplacement de mes rêves...
Passablement éprouvé par la grimpée et la chaleur, je savoure mon sandwich, puis une bonne heure de sieste...
Le col n'est pas au point culminant de la route ; celui-ci se trouve presque 100 m plus haut. Il reste donc encore un bel effort à fournir avant d'aborder l'ultime descente vers Aigle. Infernale cette descente ! De 1547 mètres on descend à 404 en 15 kilomètres.
Environ à mi-pente se trouve un village, Corbeyrier. Sa rue principale accuse 17% de déclivité...
Sur tout le trajet ma bulle indique rarement moins de 12% et je dois rester constamment sur les freins afin de garder une allure raisonnable pour négocier les nombreux virages.
Et rien que la pensée de faire ce trajet en sens inverse me glace d'effroi, malgré la canicule !
15h15, gare d'Aigle. Dans 15 minutes, il y a un train avec correspondance pour Bâle... C'est fini !
Total de ces 6 jours de vadrouille, 268 kms et plus de 4000 m de dénivelé... Maintenant le vélo va prendre quelques jours de repos. Et moi aussi !
(*) si vous avez loupé l'épisode, c'est ici :
viewtopic.php?f=4&t=5090&p=25704&hilit=Scheidegg#p25704




