J'ai regardé un peu cette question par curiosité, surpris de la manière dont la pétition est formulée:
Au moment où nous devons plus que jamais accélérer la transition écologique et sociale, renoncer à la restauration de la voie verte irait contre l’intérêt de nos concitoyens les plus fragiles. Ça serait choisir d’exclure les habitants les plus vulnérables de l’aménagement : les publics précaires, les personnes âgées, les familles avec poussette, les personnes en fauteuil roulant…
Cette "novlangue" de militants m'intriguait. J'ai creusé un peu: il s'agit tout simplement d'un aménagement d'une ancienne voie ferrée et je retrouve cette manière typique des militants qui veulent mobiliser: présenter un projet local comme d'un enjeu quasiment éthique planétaire et susceptible de mobiliser bien au-delà des citoyens concernés, en jouant sur la corde sensible de la protection des plus faibles, l'exclusion, etc. Bref en comptant sur la réaction pavlovienne du plus grand nombre de militants acquis par avance à sa cause pour gagner au compteur (l'éternel "chiffre de la police, chiffres des organisations syndicales").
Mais en fait, de quoi s'agit-il?
Une voie déferrée actuellement recouverte d'un stabilisé de qualité inégale. La photo présentée pour convaincre de l'évidence de donner suite à ce projet a été prise à l'endroit où cette voie ferrée est très boueuse, mais en regardant la carte IGN, on voit bien que cette voie verte a déjà un revêtement très inégal: certaines portions sont des chemins de terre carrossables en voiture, d'autres sont plus des sentiers sans base roulante. Certaines sections traversent des bois avec routes forestières permettant des itinéraires alternatifs aussi bien cavaliers que piétons et cyclistes. Bref, il est très difficile, sans être sur place, de se faire une opinion fondée pour émettre une opinion et selon moi, encore moins pour signer une pétition.
On voit bien que les gens derrière cette mobilisation sont les défenseurs d'une vélo-route et qu'ils trouvent en face des opposants locaux qui mettent bien évidemment en avant des arguments tout aussi grandiloquents alors que leur motivation réelle est probablement beaucoup plus prosaïque et privée.
Un cas routinier. Les élus devraient pouvoir faire leur boulot normalement, en considérant les avis des parties
réellement prenantes puis en trouvant la bonne solution technique qui maximise les retours positifs et minimisant les inconvénients. De la démocratie de terrain, quoi. Bien sûr on ne peut pas toujours plaire à tout le monde, mais le but c'est de décider en visant l'intérêt général, notion bien malmenée en ces temps où de plus en plus, ceux qui font le plus de bruit arrivent à faire croire qu'ils représentent l'intérêt général.
En l'occurrence, il semblerait que la recherche d'une solution satisfaisant des parties prenantes de bonne foi a été faite puisque le projet qui nécessite ce soutien consiste à revêtir la voie verte d'enrobé sur une certaine largeur tout en laissant une autre largeur enherbée pour le passage des cavaliers.
Mais je trouve ahurissant qu'il faille lancer des pétitions nationales pour permettre à une autorité administrative (le CG59) de faire son boulot normalement.
J'ai de plus en plus de mal à supporter cette propagande politisée utilisée pour résoudre des problèmes simples d'aménagement de l’espace commun et qui a comme conséquence l'exacerbation de clivages qui fragmentent et fragilise notre société.
On voit bien en regardant la carte que cette voie verte n'a rien à voir avec la soi-disant exclusion des "publics précaires", " le report modal de la voiture vers la marche et le vélo pour aller travailler ou faire ses courses" (elle sera utilisée avant tout pour les déplacements loisir).
C'est juste un projet de voie verte utilisée par une vélo-route européenne. On va pas en faire un fromage.