Comme tous les étés, nous passons une partie de nos vacances en voyage à vélo. Notre projet initial était de voyager en effectuant une boucle au départ de l’Argonne (Meuse) par l’Est de la Belgique jusqu’en Allemagne du Sud (Parc Eifel), la vallée de la Moselle et le Luxembourg. Ce projet avait déjà dû être reporté il y a 2 ans, et cette année semblait la bonne.
Malheureusement, la catastrophe météorologique de début juillet nous a contraints à remettre encore ce projet à une autre année. Nous ne nous voyions pas voyager dans une région dévastée par les crues et importuner des gens qui pleurent encore leurs morts.
J’ai donc ressorti de mes cartons un autre projet déjà bien dégrossi d’un voyage à vélo à travers le Haut Jura et le Doubs, inspiré de la GTJ. L’idée initiale était de traverser la Suisse en train à partir de Saint-Gervais en Haute-Savoie, par Genève, et de traverser le Jura du nord au sud afin de revenir à notre point de départ, le chalet de Haute-Savoie. J’ai présenté ce projet à Catherine et nous avons commencé à le retravailler ensemble en dépliant la carte Michelin 243, “Bourgogne Franche Comté” au 1/200 000ème. Elle a tout de suite exprimé sa préférence de faire la route du sud vers le nord, contrairement à ce que j’avais imaginé, en expliquant qu’elle préférait partir de ce qu’elle connaît pour se diriger vers ce qu’elle ne connaît pas. Je n’y avais pas pensé, mais cela m’a paru immédiatement une très bonne idée. Nous avons ensuite ouvert Le Guide Vert, fait quelques recherches sur Internet afin, les yeux sur la carte, de repérer les endroits que nous pourrions avoir envie de visiter. J’ai aussi téléchargé la trace GPX de la GTJ cyclo qui nous a donné un élément supplémentaire de préparation. J’ai recontacté Charles, du forum, car ce projet me donnerait l’occasion de nous revoir, et de le faire sur ses terres cette fois-ci. Catherine pourrait faire sa connaissance. Il toujours important pour nous, outre le tourisme, de faire de belles rencontres. Ainsi nous avons imaginé une route qui partirait de Genève, emprunterait ViaRhôna sur quelques dizaines de kilomètres jusqu’à Bellegarde et qui remonterait ensuite le Jura par les hauteurs pour rejoindre le Doubs et sa vallée et enfin, le Jura suisse. Le découpage en étapes nous a permis de voir que notre projet initial de traversée du Jura n’occuperait pas les 10 jours que nous avions prévus et nous avons donc avons donc rajouté le retour à vélo par la Suisse et la traversée du lac Léman jusqu’en Haute-Savoie. Je souhaitais passer par la région de Gruyère et grimper un col des Alpes bernoises permettant de redescendre sur Montreux. Ce dernier tronçon demandait néanmoins à être travaillé car je n’avais fait aucun repérage, comptant demander conseil à Charles pour clarifier tout cela.
Jour 1 Valleiry (74, près de Genève) - Chézery (01)
Nous dévalons les 5 kilomètres de descente du chalet vers la gare du Fayet pour aller attraper notre TER afin de rejoindre le point de départ de notre périple, pensant être ric-rac pour celui de 9h50. Nous sommes en fait bien à l’heure et embarquons dans une toute nouvelle rame Alstom de ce qui s’appelle désormais le Léman Express, une refonte de l’offre TER et du matériel roulant qui relie à la cadence horaire Saint Gervais-le Fayet à Genève jusqu’à l’aéroport en passant par la gare de Cointrin. A Annemasse, correspondance rapide pour Bellegarde sur le même quai. Arrivée 10 minutes plus tard à Valleiry, point de départ de notre voyage. Tout s’est parfaitement déroulé.
Nous trouvons facilement Via Rhôna grâce à la trace préparée sur cycle.travel et nous sommes immédiatement plongés dans l’ambiance du voyage à vélo que nous aimons tant. Nous pouvons rouler à deux de front sur l’itinéraire très propre et facile à rouler de Via Rhôna que nous ne connaissons pas dans cette région. Il fait beau (nous avons décalé notre départ d’une journée à cause des orages de la veille). Tout va bien.
Nous avons souhaité démarrer à cet endroit car nous voulions découvrir la cluse (le défilé de l'écluse) par laquelle le Rhône quitte le bassin lémanique pour démarrer son cheminement dans le Bugey. Effectivement le site est intéressant. De vieilles fortifications témoignent de l’importance stratégique de ce verrou. Quelques kilomètres plus loin, nous choisissons l’option “Via Rhôna par la grande route” et non pas celle pour “sportifs” afin de rejoindre au plus vite Bellegarde et le véritable début de notre traversée du Jura. Nous ne sommes pas en avance donc nous traçons au plus rapide.
Le Rhône se faufile entre les 2 montagnes
Nous arrivons à Bellegarde par la grande route mais celle-ci étant en descente jusqu’au Rhône ce n’est pas gênant. La ville de Bellegarde ne nous a pas paru présenter un intérêt particulier mais nous avions à notre programme la visite du site des pertes de la Valserine. Normalement on y accède en laissant son véhicule en hauteur et en descendant à pied vers la rivière. J’ai repéré un chemin carrossable qui descend et c’est donc avec nos vélos que nous sommes arrivés sur le site par une descente très raide. Evidemment cela nous coûtera cher en énergie au moment de repartir dans l’autre sens, avec une montée largement à 20 % sur quelques dizaines de mètres, avec mon vélo chargé qui tare largement plus de 30 kg mais ça nous rassure de ne pas laisser notre barda sans surveillance trop longtemps.
Le site des pertes de la Valserine est très joli. Avec les pluies et les orages récents, l’eau est abondante, ce qui enjolive encore le cadre.
Les pertes de la Valserine sont en fait un rapide qui a creusé le lit du torrent dans un lapiaz et qui donne l’impression que les eaux se perdent pour ressortir cent mètres en aval.
Lapiaz des pertes de la Valserine
En fait, le torrent s’enfonce dans une crevasse calcaire profonde extrêmement resserrée et presque refermée dans sa partie haute, ce qui permet de le cacher presque totalement. Mais c'est différent des pertes de l'Ain que nous avions visitées lors de notre premier tour à vélo dans le Jura en 2013.
Il est donc possible de passer la Valserine à pieds secs en enjambant d’un bond, même si désormais et pour raison de sécurité, un pont d’un mètre cinquante environ a été ajouté. Nous avons bien profité de ce site bucolique et l’heure a tourné. Il a donc fallu repartir par le chemin si raide que nous venions de descendre et entamer désormais notre montée dans le Jura pour de bon.
Nous le ferons en remontant la Valserine jusqu’au village de Chésery où nous trouverons fort opportunément un joli camping prêt à nous accueillir. Il est affiché complet à l’entrée, mais nous allons quand même demander, espérant pouvoir quand même planter notre tente pour une nuit. Nous sommes très bien accueillis et on nous propose une étape bivouac, c’est-à-dire de planter notre tente dans un vaste espace commun sans emplacement délimité, réservé aux randonneurs et aux cyclistes qui font étape pour une seule nuit. Ils ne refusent pas les randonneurs itinerants.
Nous trouvons la formule parfaitement adaptée; le site est splendide, la Valserine coule avec ses eaux translucides et même turquoises juste à côté de notre campement.
Les montagnes et les crêtes du Jura sont magnifiques dans la lumière du soir. Je ne peux m’empêcher d’aller faire une reconnaissance du village. Je suis comme ça: impossible de rester en un lieu sans m’en faire une idée au moins succincte; me voilà donc parti pour une rapide découverte de ce joli village du Jura. En effet depuis Bellegarde nous avons vraiment eu l’impression de rentrer dans le Jura. Le style des maisons a changé, l’atmosphère montagnarde s’est installée, le tintement des cloches se fait entendre. Nous y sommes !
Notre camping est vraiment très agréable. C’était un camping municipal mais il a été repris il y a 2 ans par un jeune couple qui l’a magnifiquement rénové. Contrairement à ce que nous trouvons dans le Sud, les emplacements pour tentes (et camping cars) restent majoritaires. Ici, point de mobil-homes serrés mais de jolis chalets en bois. La clientèle est là et notamment les Hollandais. Ils s’y connaissent en camping! Nous sommes ravis de cette étape qui tombait juste au moment où Catherine commençait à avoir sa dose de montées pour la journée.
à suivre

