Je vous avais parlé de mon idée d'aller grimper le plus haut sommet de ma région, le Mont Aigoual (1569m) en partant de chez moi (43m). Il y a 197 km et 3084m (tracé au routeur sans étape) .
Finalement, je suis parti en voiture jusqu'à Gignac pour démarrer de ce gros bourg au lieu de rouler à travers les villages autour de Montpellier se transformant petit à petit en banlieue pavillonnaire (mais je ne me plains pas).. Ca permet de suivre l'Hérault, qui passe à Gignac, jusqu'à sa source. Plus sympa que de partir encore une fois de chez moi. Au final, j'aurai roulé 197,5 km et grimpé 3050m de D+. Exactement pareil que si j'étais parti de chez moi, avec un itinéraire plus plaisant.
Étant comme d'habitude à la bourre, je me suis réveillé tôt sans pour autant réussir à me mettre en selle si tôt que cela : le matin même je changeais la selle et les pédales !
Pour cette sortie, j'avais décidé de troquer ma randonneuse pour mon Look, vélo de course en acier (mais équipé en triple Campa Avanti). 2 raisons à cela: 1) je n'ai pas pris la décision définitive sur le vélo que je choisirai pour les 7 majeurs. Cela faisait longtemps que je n'avais plus roulé sur le Look. 2) j'ai encore cassé un rayon sur ma Méral et je ne voulais pas partir avec 35 rayons.
Je montais donc la Brooks Team Pro, ainsi que mes pédales automatiques le matin, avant de partir. La veille, j'avais changé le pneu avant. Comme ça faisait longtemps que je n'avais pas roulé dessus, j'avais oublié qu'il en avait besoin. Je me suis alors rendu compte qu'à l'avant il est chaussé en 23 et pas en 25. Et sur ce vieux cadre, même les 23 passent juste dans la fourche.
Donc démarrage de Gignac, traversée du pont suspendu sur l'Hérault hyper casse-gueule: il est très étroit et le tablier est constitué de sortes de "planches longitudinales" de moins de 30 cm de large jointées. Avec un pneu de 23, c'est sûr si on sort de la planche on se trouve coincé comme dans un rail de tram. Vous voyez ce que j' veux dire ???
L'air est frais et humide dans le soleil qui brille en rayons bas. J'adore l'odeur du matin près de l'Hérault, rivière un peu fraîche encore en cette saison. Je suis rapidement à St Jean de Fos et au Pont du Diable. Pas d'arrêt photo un énième fois, je trace. Je roule désormais à l'ombre dans les gorgs de l'Hérault, je passe St Guilhem le Désert qui frémit au matin, mais sans la horde de touristes qui viendra peut-être plus tard. Je file à bonne allure mais évidemment sans forcer. Après plusieurs kilomètres le long de la rivière, la route prend soudain à gauche dans un vallon creusé dans le calcaire. Quelques arbres subsistent au fond mais on est désormais loin de l'eau et c'est très sec mais toujours frais car encore à l'ombre. Dans le cagnard, ce passage peut être un four. Je débouche de cette montée dans le ravin sur le causse de la Selle. Grandes lignes droite: ça roule très bien, d'autant plus que la pente devient rapidement légèrement négative avant de se transformer en descente pour revenir en bord de rivière. J'arrive à St-Bauzille-de-Putois à 8h30 par un nouveau Pont suspendu : deuxième traversée de l'Hérault. Petite pause pour aller rendre un outil à un ami, me voilà réparti et le fil de l'eau continue d'être mon fil rouge sur ce début de balade. Magnifique traversée des gorges de l'Hérault jusqu'à Laroque, au frais. A Ganges je laisse la rivière en rejoignant Sumène par la récente voie verte empruntant l'ancienne voie ferrée. Fraîcheur garantie dans les tunnels. Sumène dans la lumière du matin, c'est toujours très joli.
J'y passe malgré un petit détour et le col de cap de côte car la route qui continue le long de l'Hérault est un axe majeur du Gard pour relier Nîmes au Vigan et même à l'A75. Pas une route où un cyclo normalement constitué et non suicidaire traîne ses roues.
La montée à Cap de Côte est vite avalée et la descente sur Pont d'Hérault encore plus. C'est à cet endroit que la route de l'Aigoual commence réellement, en continuant à remonter l'Hérault alors que la route du Vigan, elle, remonte la rivière l'Arre. C'est aussi ici à Pont d'Hérault que commence un paysage qui porte les stigmates des crues ravageuses de l'automne 2020. Le lit de la rivière est nettoyé de toute matière organique, laissant la roche apparente sur plus de 10 km. Plusieurs berges ont été emportes, des ponts abîmés, des talus rabotés.
La route est bonne, en faux plat montant. Curieusement, la circulation alternée a été mise en place et un nouvel enrobé est déposé par les machines fumantes.
Intrigué sur la raison de ce nouveau revêtement, j'interroge le chef de chantier:
" - au fait, pourquoi la route est-elle refaite?
- ???
- Je roule depuis plusieurs kilomètres et elle me semble très bonne?"
chef de chantier, surpris et un peu méfiant:
" - parce qu'elle est vieille!"
Je ne sais pas ce que signifie une route "vielle" mais je vous assure que cette vieille route était très roulante et en "TBE".
C'est peut-être un syndrome des élections départementales qui se dérouleront dans quelques jours...
Je passe Valleraugue, dernier bourg de la vallée qui marque le véritable début de cette ascension à l'Aigoual. J'hésite à m'arrêter pour me ravitailler. Depuis ce matin, je n'ai fait qu'une pause ravito pain aux raisins à Ganges et j'ai grignoté en roulant. Mais ça va, je me sens bien, je continue. Un groupe d'un club de cyclos se regroupe avant la montée. Je prends les devants. Commence alors la montée la plus régulière que j'ai eu à grimper. Les bornes "à l'ancienne" posées sur le talus égrènent les kilomètres en affichant les pourcentages: 5%, 5,2%, 4,8% Ca oscille entre 5.4 et 4,8% pendant 13 km. Il commence à faire chaud mais heureusement les passages à l'ombre sont nombreux. Je me fais rattraper et doubler par un petit groupe des 3 leaders du club vu à Valleraugue. Je leur demande poliment si je peux prendre leur roue, ce qu'ils acceptent volontiers. Ce sont des cyclos grenoblois en vacances dans le coin pour chasser quelques cols en Cévennes. Le rythme s'accélère, je monte dans les tours mais ça va. Cependant, après 10 minutes à ce rythme (800m/h), je sens monter la fringale. Comme mon projet n'est pas simplement de monter à l'Aigoual mais de faire une bambée à la journée de 200K et 3000D+, je considère plus prudent de lâcher. Je décide même de m'arrêter pour me ravitailler (je n'ai pas de sacoche de guidon mais une sacoche de selle bikebacking empruntée à mon fils, ce qui m'empêche de le faire en restant sur le vélo). Quelques amandes et autres abricots sont avalés prestement et je reprends la montée. J'arrive vers 12h15 à l'Espérou, le dernier village où j'ai prévu de trouver à manger. Emplettes et pause en-cas me valent une pause de 20 mn avant de repartir pour finir cette ascension. Au niveau de la station de Prat-Peyrot, je décide de suivre l'ancienne route devenue "voie verte", fermée aux voitures, qui grimpe au sommet par le flanc Sud. LA forêt est magnifique, merci Monsieur Fabre (celui qui a conduit le reboisement du massif au 19ème siècle). De belles essences et un grand calme me comblent, moi qui garde ce côté contemplatif dès que je suis immergé dans la nature. Au détour d'un virage, l'observatoire météo, ce bâtiment massif à l'allure de château, se dévoile.
Il reste alors moins de 2 km. Je me souviens des images de l'arrivée d'étape lors du dernier TdF ; ils avaient choisi cette belle petite route aussi au lieu de l'arrivée par l'Ouest directe.
Comme vous pouvez l'imaginer, la vue à 360° de là-haut est magnifique.
Il souffle un petit vent, frais à cette altitude, mais rien comparé à ce que c'est d'habitude. Les statistiques météo le confirment: 265j / an, le vent souffle à une moyenne supérieure à 60 km/h et 95j/an supérieure à 90 km/h.
A ce stade je n'ai toujours pas tranché sur l'itinéraire pour rentrer. J'ai 98 km au compteur, la moitié de la distance et le plus gros de la montée derrière moi mais j'ai 2 options pour boucler mon tour: 1) descendre par Dourbies, le col de la Pierre plantée et St Jean-du-Bruel en Aveyron, puis remonter légèrement sur le causse du Larzac. Tentant, car Phil m'a confirmé que c'est très beau, et, curieux de nouveaux itinéraires, cette section entre l'Espérou et le col de la Pierre Plantée m'est encore inconnue. Je suis irrésistiblement attiré vers les routes inconnues. 2) Remonter au col du Minier pour redescendre sur le Vigan, remonter sur le causse de Blandas, redescendre dans les gorges de la Vis, et remonter sur le causse du Larzac. Cette option est un peu plus courte (100km) mais elle permet de rajouter des montées (et des descentes) et donc me permet de mieux me préparer à mon objectif. En atteignant l'Espérou et la bifurcation entre les 2 options, je choisis finalement l'option "préparation" aux dépens de l'option "cœur": direction le col du Minier.
Il est rapidement et facilement atteint. La descente du col qui suit est exceptionnelle. C'est beau, mais surtout, c'est jubilatoire pour ceux qui comme moi aiment descendre.
La route est suffisamment large pour trouver la place d'ajuster ses trajectoires sans prendre de risque. Le revêtement est très bon; je n'ai eu qu'une petite frayeur: un endroit avec un peu de terre sur la route consécutif à un petit éboulement mal indiqué. Le panneau manquait à la descente (il y était pour la montée). Je reconnais avoir dû sortir large du virage pour assurer. Si à ce moment-là un bolide était arrivé dans l'autre sens...
Le gradient de température change la donne climatique au Vigan: il fait chaud! Je remonte sur Montdardier dans la chaleur. Il y a quelques bonnes rampes dans cette montée et je me surprends à devoir mettre "tout à gauche". Ca m'inquiète pour les 7 majeurs. Il va falloir trouver une autre cassette car même si c'est plus raide que ce matin à l'Aigoual, on est loin des 13% des passages raides des cols alpins de notre défi. La montée se passe bien mais à un train de sénateur. Je sens que je n'ai plus la pêche du matin. Il faut gérer car c'est loin d'être fini pour la journée. C'est bien ça que je suis venu chercher: un peu de souffrance à la montée pour me préparer à un défi d'une ampleur bien différente dans moins d'un mois.
A Montdardier, une pensée pour Jean-Claude (naeco54) qui habite à quelques kilomètres et avec qui j'ai roulé ici plusieurs fois et d'autres gogos avec qui j'ai roulé ici l'automne dernier. La longue ligne droite est avalée promptement car c'est un faux plat descendant dans ce sens et me voici dans la très belle descente vers Madières et les gorges de la Vis.
Le paysage est grandiose mais la descente à vélo n'a rien à voir avec celle du minier. Le revêtement est moins bon, la pente plus raide oblige à freiner pour ne pas prendre trop de vitesse.
Juste avant d'arriver au village, je passe devant le château qui est désormais un très bel hôtel restaurant.
Il a l'air d'être ouvert, prêt à accueillir enfin les touristes. La Vis est toujours splendide. Il y a quelque chose de magique dans certaines couleurs de pierres précieuses comme ce bleu qui capte si bien les rayons du soleil et telle une turquoise ou une aigue-marine nous envoûte.
J'ai choisi de passer par Madières plutôt que par Vissec car cela fait plus de 10 ans que je n'ai pas fait la montée entre la Vis et St Maurice de Navacelles par cette route. J'en garde une souvenir mitigé car j'avais terminé sous un soleil de plomb et même si j'avais ensuite apprécié le bon steak frites à St Maurice, les derniers kilomètres m'avaient fait mal. Mais cette fois-ci, en raison de l'horaire et donc de l'exposition, je serais moins exposé aux rayons directs et surtout, à la chaleur réfléchie sur le calcaire qui transforme ces montées en épreuves lorsque l'exposition est défavorable.
Je suis très content de ce choix. J'avais complètement oublié les premiers kilomètres, ceux qui accompagnent la rivière dans le fond de la vallée. L'abondance d'eau permet à de belles essences de se développer majestueusement et on peut en profiter agréablement depuis la route. Ce n'est que plus tard, alors que la route mord dans la roche mère pour s'élever en lacets jusqu'au causse, que la végétation redevient celle de ce pays méditerranéen. C'est en fait une très belle montée, que j'ai appréciée cette fois-ci d'autant plus que le trafic en ce jour de semaine y était très faible.
Nous sommes à quelques kilomètres d'un grand site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il peut y avoir un peu de monde en période de vacances ou le W-E.
A St Maurice, je laisse la bifurcation pour le Coulet; j'ai pris la longue ligne droite jusqu'à la Vacquerie. Comme toujours, un vent, pas trop fort cependant, m'a pris de côté. Pas d'effets de bordures pourtant. Je suis seul. La vitesse est régulière mais pas si élevée. Les kilomètres se font sentir. Je suis content d'être ici alors que les voitures sont rares. En effet, je crains plus que tout autre configuration les lignes droites qui laissent aux conducteurs auto plus de raisons de relâcher l'attention et de ne pas remarquer le cycliste qu'ils risquent de percuter sans coup férir.
J'arrive à la Vacquerie, un village caussenard que j'aime bien. Ce jour il se présente sous son meilleur profil. Car je vous l'assure, on n'a pas besoin d'être au cœur de l'hiver pour que la Vacquerie soit glacial, balayé par le vent. Je fais une dernière pause et je tape une petite discute avec 2 cyclos qui font aussi la leur.
Il ne me reste plus qu'à grimper le "petit versant" du col du Vent, la porte d'entrée (ou de sortie) entre haut et bas pays. Dans la lumière chaude du soir qui s'installe, je bascule dans le Clermontois, la vallée viticole de l'Hérault que j'ai quittée ce matin.
C'est "tout schuss" jusqu'à Gignac. La descente d'Arboras me vaudra d'enregistrer ma pointe de vitesse de la journée, 66 km/h. Dans une descente rapide, c'est vrai mais d'un confort et d'un plaisir bien en dessous de celle du col du Minier.
Au final, une bien jolie bambée qui pourrait être encore agrémentée question tourisme (pas passé par le belvédère de Navacelles cette fois-ci), mais qui m'a fait progresser dans ma préparation pour les 7 Majeurs. Certes je suis loin des D+ et des côtes que nous rencontrerons, mais je n'ai pas mieux en magasin.
Je posterai plus de détails sur les conclusions de cette balade sur le Look plutôt que la Randonneuse dans le contexte des 7 majeurs dans un autre sujet.








