La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

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wiwi78
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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour à tous,

Suite à un souci de santé, je n'ai pas été en mesure de vous proposer la suite des aventures de Frédo la semaine dernière. J'espère que vous n'aurez pas cru que Frédo avait lâché l'affaire ! Au contraire, il a décidé de passer le grand plateau et je suis certain que vous le retrouverez avec plaisir tout au long des quatre chapitres qui sont au menu de cette semaine.

Bonne lecture,
wiwi

PS. Le pdf a été mis à jour par Chelmi. Merci à lui !
La tête dans le guidon




La course du club







Afin de mieux me focaliser sur la course du club, je décidais de faire l’impasse sur la dernière épreuve du mois de mars. Après quatre courses, souvent dans des conditions difficiles, je ressentais le besoin de souffler. Je devais également mener de front mon travail au magasin et je ne pouvais me permettre de le négliger. Afin de m’épauler, je m’étais décidé, sur les conseils de monsieur Gontran, à prendre sous mon aile un apprenti ; nous ne serions pas trop de deux pour assurer la pérennité des cycles Gontran, d’autant plus qu’une enseigne d’envergure nationale s’était récemment installée dans une zone commerciale non loin de là. Assez rapidement, j’avais constaté que les clients se laissaient séduire par leur politique très agressive en matière de tarifs ; je ne pouvais plus me reposer sur la seule réputation du magasin. Je devais m’adapter et accepter de rogner sur mes marges. Dans ce contexte difficile, au-delà de son aspect sportif, la course du club revêtait une importance capitale à mes yeux : je profiterais de l’occasion, en tant que partenaire du club, pour exposer les vélos que je vendais et distribuer des plaquettes publicitaires auprès des cyclistes venus s’inscrire à la course. Sur l’affiche de la course, on pouvait même lire : « en partenariat avec les cycles Gontran. Les cycles Gontran, des vélos qui vous mèneront à la victoire ! ». En parcourant l’affiche du regard, je fis la moue devant la banalité de mon slogan. « La communication, ce n’est pas trop mon rayon », avais-je plaisanté auprès du président du club de Gironville alors que nous préparions le podium dans la salle communale. Il était à peine six heures du matin et la première course démarrait à huit heures ; quatre courses allaient s’enchaîner dans la matinée, la dernière se terminant un peu avant treize heures. Il nous resterait à peine deux heures pour organiser la remise des récompenses avant de nettoyer et ranger la salle que l’on devait libérer vers quinze heures. Le départ de ma course était programmé à dix heures trente, pour une distance de cinquante-cinq kilomètres, soit onze tours d’un circuit assez difficile. Même si je refusais de l’admettre, la fatigue commençait à s’installer dans mon organisme ; pas facile de gérer une petite carrière de modeste cycliste amateur et la tenue d’un commerce devant résister à la grande distribution.

Il me fut difficile de me concentrer sur la course ; très sollicité, je n’avais pas même le temps de m’échauffer avant le départ ; heureusement, le circuit était battu par les vents et le début de course s’effectua à allure modérée. Après la mi-course, je retrouvai enfin de bonnes sensations ; et même si le peloton roulait toujours groupé, le rythme s’était peu à peu accéléré et l’écrémage s’effectuait par l’arrière à la faveur de la bosse très sèche qui se dressait vers la moitié du parcours. S’ensuivait alors une longue descente rectiligne négociée à plus de soixante à l’heure où chacun tentait de se placer au mieux pour passer le rond-point qui ensuite nous propulsait vers la ligne d’arrivée. Il y eut bien quelques tentatives d’échappée, mais ces dernières furent rapidement étouffées dans l’œuf. Au début du dernier tour, je m’étonnai du calme relatif qui régnait dans le peloton : la montée de la bosse s’effectua à une allure soutenue, mais personne n’attaqua. Dans la descente, je vins me positionner dans les premiers afin d’aborder le rond‑point dans les meilleures conditions. Je sentis mon cœur accélérer, non pas à cause de l’effort, mais parce que l’arrivée se profilait et que peut‑être… mais mieux valait ne pas y penser. La fin de la descente approchait et ma décision était prise : à la sortie du rond-point, j’allais tenter le « coup du kilomètre » afin de prendre les sprinteurs par surprise.

Voilà, nous y sommes ! Je produis une violente accélération. Incroyable ! personne ne réagit ; je file vers la victoire ! J’ai mal aux jambes, le rythme cardiaque s’est emballé, mais je la tiens enfin, cette victoire tant attendue ! Tout se bouscule dans mon esprit au moment où j’aperçois la ligne d’arrivée… quand j’entends le son de la cloche… Non, ce n’était pas possible ! je m’étais trompé… Il restait un tour à parcourir… D’un seul coup, je me sentis vidé de toute mon énergie ; le ciel venait de me tomber sur la tête. Au virage suivant, je me faisais reprendre par un peloton qui accéléra sans se préoccuper de mes états d’âme. Il me faudra puiser loin dans mes ressources pour passer la bosse au milieu du paquet. À la sortie du dernier rond‑point, je n’étais pas trop mal placé, mais je fus incapable de lutter contre les meilleurs ; je terminai à une anonyme quinzième place, épuisé et terriblement déçu.

Pendant la remise des récompenses, je ne fus qu’une ombre ; je me sentais stupide ; j’avais honte de m’être ainsi trompé. D’ailleurs, je ne raconterais à personne ma terrible méprise. Au contraire, je distribuai en souriant mes derniers prospectus ; qu’au moins je n’eusse pas tout perdu au cours de cette triste matinée.


Coup d’arrêt


Cet avertissement aurait certainement dû me servir de leçon, mais au lieu de cela, je préférai en plaisanter en me disant que j’avais entendu les cloches avec un peu d’avance, que je me rattraperais lors des fêtes de Pâques où traditionnellement de nombreuses courses étaient organisées entre le samedi et le lundi. Trois courses en trois jours, largement de quoi me refaire la cerise !

Alors qu’en ce début de saison j’avais principalement couru en rase campagne, la première étape de mon triptyque Pascal débuta au centre d’un joli petit village où quelques manèges tournaient en musique sur la place de l’église, ajoutant à l’événement un petit supplément d’âme et de nombreux spectateurs malgré un ciel très menaçant. Après avoir fait l’élastique en queue de peloton durant tout le début de course, je me retrouvai enfin dans les premières positions après quatre tours de circuit. Je soufflai un peu en regardant le ciel où les nuages devenaient de plus en plus noirs ; un vent d’ouest se levait ; au loin, un rayon de soleil déchirait le ciel… quand tout à coup, un éclair et un énorme coup de tonnerre… Sans que je comprisse ce qui m’arrivait, je me retrouvai à terre. Devant moi, un coureur finissait sa course dans le fossé. Je peinai à me relever ; mon épaule droite était en sang. Je me penchai difficilement pour ramasser mon vélo dont le guidon était tordu ; une cocotte de frein pendait lamentablement vers le sol : l’espace d’un instant, j’avais relâché ma concentration pour venir percuter le coureur qui me précédait ; la sanction avait été immédiate. En plus de l’épaule, j’avais le côté droit, à partir de la hanche, râpé jusqu’au genou ; j’avais dû faire un sacré vol plané.

De nouveau un formidable coup de tonnerre : l’orage avait envahi le ciel et au loin, je distinguais à peine le petit village dans lequel venait de disparaître le peloton. La pluie tombait en rangs serrés sans se soucier de ma chute. Assis sur le bas-côté, le regard dans le vague, je vis une petite fourgonnette se porter à ma hauteur. Je ne pus m’empêcher de sourire : c’était le petit camion de la Croix-Rouge, un modèle à peine plus récent que celui de mon enfance. Pendant qu’un commissaire de course ramenait mon vélo jusqu’au départ, je prenais place à l’intérieur du véhicule dans lequel une dame assez âgée nettoya mes plaies en silence. À aucun moment je ne me sentis comme les héros que j’avais imaginés durant mon enfance. Au contraire ; ce relent de nostalgie fut comme la chute : très douloureux.


Reprise poussive


Deux jours durant, je broyai du noir : le ciel m’était tombé sur la tête, au sens propre comme au sens figuré ; drôle de façon de fêter Pâques… Dès le lundi, j’appelai à l’aide Monsieur Gontran afin qu’il suppléât à mon absence au magasin. « Bien entendu mon garçon ! Mais sache également que cela sera la dernière fois que tu pourras compter sur moi ; je pars m’installer au bord de mer. Tu vas vraiment être le seul maître à bord à partir de maintenant ! » Après ce coup de téléphone, j’eus besoin d’une semaine avant de pouvoir marcher normalement, une semaine au cours de laquelle je ne quittai pas la maison ; comme si j’avais besoin de me sentir en sécurité dans ma petite longère après ma chute sous l’orage et l’annonce du départ de mon bienfaiteur.

Passé cette semaine de convalescence, je repris progressivement le travail. Monsieur Gontran m’avait laissé un petit mot en me souhaitant bonne chance pour la suite tout en m’indiquant sa nouvelle adresse. En regardant respectivement le petit carton recouvert des empreintes graisseuses de Monsieur Gontran puis mon assistant réceptionner les livraisons, je repensai à mon premier jour de travail dans le magasin. À combien de temps cela pouvait-il remonter maintenant ? Trois ans, quatre ans, cinq ans ? Je ne m’en souvenais plus très bien. Cela me semblait hier ; cela me semblait une éternité… Pour la première fois, je réalisai combien le magasin ne ressemblait plus au fourbi que j’avais connu lors de ma première visite : j’avais refait entièrement les peintures ; tout était parfaitement agencé sur des étagères et surtout, l’odeur de cigarette avait disparu. Je réalisai tout à coup que Monsieur Gontran, qui avait été le principal témoin de tous ces changements, ne m’avait jamais fait la moindre remarque à ce sujet. Je ne pouvais que le remercier de m’avoir laissé autant de liberté alors que peut-être il lui avait été difficile de voir le magasin changer de visage au fil des années. J’eus alors envie de l’appeler pour lui poser la question, et peut-être aussi pour m’excuser de n’avoir pas été assez prévenant à son encontre. Au moment où j’allais décrocher le téléphone, je renonçai. Peut-être était-ce mieux que cela se terminât ainsi. Même si j’avais un peu de mal à l’admettre, même si cela me rendait triste, il était certainement temps, pour lui comme pour moi, que nous tournions tous les deux la page.

Deux semaines après ma chute, je ne ressentais plus aucune douleur et j’entrepris de réparer amoureusement mon vélo dans mon atelier. J’étais d’ailleurs en train de terminer sa remise en l’état quand Aurélie, arborant un large sourire, m’apporta son propre vélo à réviser. Alors qu’elle me demandait des nouvelles de ma santé, je songeai à ses visites régulières au cours desquelles elle flânait dans le magasin tout en me posant de nombreuses questions sur mon travail. À plusieurs reprises, elle m’avait également proposé que nous roulions ensemble : « Je peux passer au magasin au moment de la fermeture et nous pourrions faire un bout de route tous les deux, qu’en penses‑tu ? » J’avais toujours trouvé une bonne excuse pour décliner son invitation. Mais avais-je vraiment conscience qu’il s’agissait d’une invitation ? Certainement, mais je n’étais pas franchement pressé de répondre par l’affirmative tant j’appréciais ma vie de célibataire depuis ma rupture avec Marlène. D’ailleurs, il était extrêmement rare que la solitude me pesât et un simple coup de téléphone à Manu suffisait à me faire oublier en un clin d’œil mes états d’âme passagers. De toute façon, après trois semaines complètes sans faire de vélo, j’avais de nouveau des fourmis dans les jambes et les prochaines échéances, les championnats départementaux et régionaux, se profilaient déjà à l’horizon.

Pour ma course de reprise, je me classai en milieu de peloton. Les sensations n’étaient pas mauvaises, mais je ne me sentis pas aussi incisif qu’en début de saison. Je ne m’en inquiétai pas outre mesure et je mis cela sur le compte de ma chute et de mon arrêt forcé. Il était normal que je manque de rythme. Dès la prochaine course, sans doute me sentirais-je plus à mon aise. Il n’en fut rien. Sur un circuit pourtant favorable, avec une belle difficulté en milieu de parcours, je fus même un temps relégué dans un groupe d’attardés et je revis le peloton principal au dernier tour seulement parce qu’il avait abdiqué : pendant que je bataillais à l’arrière, un groupe de cinq était parti se disputer la victoire, loin devant. Je commençai à gamberger. Je me rendis également compte que je devais me forcer pour aller rouler le soir. Il n’était peut-être pas si facile que cela de revenir rapidement à son meilleur niveau.

Vers la fin du mois de mai, lors du championnat départemental, je fis illusion en prenant part à l’échappée. Hélas, sur un parcours plat, nous fûmes logiquement repris à cinq kilomètres de l’arrivée et la course se termina par un sprint que je ne disputai même pas. Quant au championnat régional qui eut lieu quinze jours plus tard, le niveau était tellement relevé que je lâchai prise dès la première difficulté ; j’avais de nouveau la désagréable impression de subir les événements sans que je ne pusse rien y faire. L’été approchait et j’étais très loin d’avoir obtenu les résultats escomptés.

Ce fut Manu, à l’occasion d’un long entretien téléphonique, qui remonta un moral bien en berne : « Tu sais Frédo, cela fait bien longtemps que je ne fais plus de sport à haute dose, mais à l’époque où je pratiquais le ski de fond en club, notre entraîneur insistait pour que nous privilégiions des entraînements courts et intenses. Il nous disait que c’était bien joli d’être capable de skier pendant deux heures, mais qu’il fallait également que nous apprenions à mettre de l’intensité dans nos efforts et à encaisser les changements de rythme. La clef, nous disait-il, c’est le fractionné ! Par exemple, trente secondes à fond et une minute de retour au calme, et tu recommences, pendant dix, quinze ou vingt fois. Pas besoin de faire ça pendant des heures ; une séance de trente à quarante-cinq minutes tous les jours en variant les exercices et vous allez voir comment vous allez progresser ! Il n’avait pas tort ; c’était diablement efficace ! Et puis cela évitait de tomber dans la routine d’un entraînement où il se passait un peu toujours la même chose. Tu devrais pouvoir appliquer cette méthode au vélo, tu ne crois pas ? Et ce n’est pas tout ! J’ai encore mieux pour t’aider à reprendre du poil de la bête : j’ai un cousin qui a une ferme dans le nord, quand je dis « dans le nord », c’est par rapport à Fontperdu évidemment ! Pour toi, c’est pas mal au sud, dans un joli petit coin de montagne : presque pas de voitures et des routes magnifiques pour pratiquer le cyclisme. Je vais aller chez lui vers la fin du mois de juillet. Si tu venais me tenir compagnie ? On pourrait non seulement passer du bon temps ensemble, mais cela te permettrait aussi de changer d’air et de t’entraîner sans vraiment t’en rendre compte. Qu’en penses-tu ? Surtout que cela fait un bon moment que l’on sait pas vu ! »


Une belle victoire


Je ne tardais pas à me décider à la suite de ce coup de fil salutaire. Non seulement je n’avais jamais revu Manu depuis que je travaillais aux cycles Gontran, mais je me rendis également compte que je n’avais encore jamais fermé le magasin plus d’une semaine. Il était temps pour moi de faire une pause plus longue : je m’arrêterais de travailler vers le vingt juillet et reprendrais le chemin de la boutique après le quinze août ; j’avais remarqué que cette période était extrêmement calme, mon activité s’essoufflant après le Quatorze Juillet pour reprendre doucement quelques jours avant la rentrée scolaire.

Revigoré par la perspective de plus de trois semaines de vacances, je prenais le temps d’analyser avec le plus de recul possible mon début de saison : j’avais progressé dans de nombreux domaines et bien négocié l’entraînement hivernal avant d’enchaîner les courses sans trop réfléchir, espérant que sur l’ensemble de mes participations, je parviendrais à obtenir un résultat. Sans doute avais-je oublié l’adage qui veut que qualité ne rime pas nécessairement avec quantité. Après réflexion, je choisis de m’inscrire à une seule course avant mes vacances et de mettre à profit les conseils de Manu : au lieu de réaliser des sorties de deux heures à haute intensité, j’effectuai, à raison de quatre fois par semaine, des sorties très courtes pendant lesquelles je m’entraînai de façon plus spécifique. Ainsi, pour travailler mon point fort, je répétai à plusieurs reprises une bosse difficile, d’abord en souplesse, puis en force, avant de la monter deux fois de suite le plus vite possible, tout en puissance. Je n’oubliai pas pour autant mes points faibles et sur de longues sections de plat, j’essayai de tenir des rythmes très élevés pendant trois minutes, en me laissant au mieux une minute pour récupérer. Je terminais alors mes entraînements en roulant tranquillement pendant un quart d’heure, si bien que malgré la dureté des efforts consentis, je n’en ressentais aucunement la fatigue le lendemain. Au contraire, je n’avais qu’une envie, retourner me faire mal sur la route. Pour m’amuser, il m’arrivait même d’effectuer quelques séances de sprint en commentant mes propres exploits, un peu comme le faisait Manu lors de nos fameuses descentes vers le torrent des boudragues.

Vers la fin du mois de juin, j’abordais la dernière course avec un moral retrouvé. Cette course, c’était Francis Pasquier qui me l’avait conseillée ; il m’avait d’ailleurs proposé que nous nous y rendions ensemble, car pour une fois, il serait le seul représentant de sa famille à faire le déplacement. « Tu vas voir, cela devrait bien te plaire, il y a une belle bosse avant la ligne d’arrivée m’indiqua‑t‑il sur la route qui nous emmenait au départ de la course. Oh ! Et pendant que j’y pense, il y a une autre épreuve qui a lieu le quinze août dans un petit village nommé Bergères‑les‑Moutons, à une heure et demie d’ici. Le tracé devrait te convenir également : assez accidenté avec une très belle côte. Et puis il y a la fête du village et comme c’est la seule course à deux cents kilomètres à la ronde, il y a toujours beaucoup de monde, aussi bien côté coureurs que côté spectateurs ! Chaque année, nous sommes de la partie. C’est devenu le pèlerinage estival des Pasquier, la course de Bergères‑les‑Moutons, ajouta-t-il en souriant ».

Je savais Francis en grande forme depuis le début de la saison : il avait déjà gagné deux courses ; encore une victoire et il intégrerait la catégorie supérieure. Il faisait très beau en ce début de matinée et en sortant de la voiture, je sentis que l’atmosphère était particulière. Au cours de la reconnaissance du circuit, je fis part de mon sentiment à Francis : « tu ne sens pas qu’il pourrait se passer quelque chose ? L’air n’est pas comme d’habitude ce matin. » Francis me regarda en souriant et me répondit qu’il ne sentait rien de spécial avant d’avaler la bosse sans donner l’impression de faire le moindre effort. Je n’essayai même pas de le suivre ; je n’aurais pas pu de toute façon… et puis… je fus de nouveau en proie à un sentiment mystérieux dans cette montée ombragée qui s’évanouissait sur un plateau champêtre aux tons ocre ; dans le ciel, le soleil commençait à réchauffer les organismes et à illuminer la campagne environnante. Francis m’attendait sur la ligne d’arrivée située au sommet de la bosse… non, pas complètement au sommet, il restait après la ligne cent mètres de faux plat montant avant que la route s’aplatisse au milieu des champs de céréales, l’endroit idéal pour… je m’approchai de Francis, et en le regardant dans les yeux, j’essayai de lui exprimer mon pressentiment : « Écoute-moi bien Francis, tu vois le long bout de ligne droite qui continue de monter après la ligne d’arrivée ? C’est là qu’il faudra attaquer pour gagner la course, c’est là que… » J’eus envie d’ajouter : « c’est là que tu devras attaquer pour gagner la course », mais je préférai m’arrêter là, trouvant totalement irrationnel que je pusse prédire l’avenir ; pourtant, aussi extravagantes qu’elles fussent, j’avais bien du mal à me départir de mes divagations. Je sentais vraiment qu’il y avait un truc bizarre dans l’air, et que ce quelque chose semblait être en relation avec moi, et avec moi seul. C’était très étrange ; j’avais l’impression de détenir… comment dire… comme un petit bout de la Vérité à venir. Mais quand ? Et quoi exactement ? C’était vraiment déroutant ; il était neuf heures du matin, j’étais sur mon vélo à attendre le départ d’une course et voilà que j’étais aux prises avec un phénomène qui s’apparentait à une expérience d’ordre métaphysique, voire mystique !

Dès le départ, je réussis pourtant à me concentrer sur la course sans laisser la moindre pensée périphérique m’envahir ; hors de question de chuter sur une nouvelle erreur d’inattention ! J’avais choisi de calquer mes efforts, dans la mesure du possible, sur ceux de Francis et pendant les deux premiers tours d’une course qui en comportait pas moins de huit, nous restâmes sagement en milieu de peloton ; d’ailleurs, vers la fin du deuxième tour, Francis vint à ma hauteur en me disant : « généralement, de par la difficulté de la bosse, il ne se passe pas grand-chose avant la mi-course ! » Je m’impatientai presque : malgré l’absence de compétition, je me sentais en excellente condition et j’avais bien envie d’accélérer.

Peu avant la fin du quatrième tour, sans l’avoir vraiment provoqué, nous nous retrouvâmes dans les premières positions. Je me glissai à la hauteur de Francis et sans réfléchir, je lui indiquai dans un souffle : « Francis, je vais faire la montée à bloc, alors tiens-toi près ! » avant d’accélérer progressivement. Je donnai de rapides coups d’œil derrière moi : si Francis était bien calé dans ma roue sans donner l’impression de forcer, je vis le peloton s’allonger et quelques coureurs lâcher prise. Peu avant de franchir la ligne et d’entamer le cinquième tour, je criai à Francis : « à toi de jouer ; moi, je me charge de les retenir ! » Dès le pied de la côte, Francis avait certainement compris ce que j’avais derrière la tête ; peut-être même se souvenait-il de ma phrase sibylline d’avant le départ : il était prêt à surgir et il surgit ; seuls deux autres coureurs réussirent à prendre sa roue. De mon côté, je coupai légèrement mon effort afin de permettre aux échappées de prendre le large.

À partir de cet instant, je restai dans les premières positions, passant mon temps à fondre comme un mort de faim sur tous les coureurs qui tentaient de rejoindre le trio. Parfois, quelques coureurs tentaient de s’organiser pour relancer le peloton, mais cela ne durait jamais bien longtemps : j’arrivais toujours à me glisser au milieu de ceux qui se relayaient pour, de façon temporaire, désorganiser la chasse. À chacune de mes interventions, je devais faire à peine perdre plus de deux ou trois secondes au peloton, mais ajoutées les unes aux autres, l’échappée commençait certainement à avoir un peu d’avance ; une avance en tout cas suffisante pour qu’on n’aperçoive plus les trois fuyards dans la longue ligne droite précédant la bosse d’arrivée.

Dans le dernier tour, alors que je commençais à fatiguer en raison de l’intensité de la course, j’eus la désagréable surprise d’apercevoir Francis et ses deux compagnons d’échappée à moins de deux cents mètres : sans doute avaient-ils commencé à se regarder en chien de faïence avec la perspective de la victoire. Dans le peloton, la réaction fut immédiate et quatre coureurs tentèrent de contrer. Au prix d’un effort dont jamais je ne me serais cru capable, je rattrapai les quatre coureurs ; mieux, je les dépassais avant de décélérer légèrement. Surpris peut-être de me voir aux avants-postes pour tenter de réduire à néant cette nouvelle tentative pour rejoindre l’échappée, le groupe de contre marqua une légère hésitation qui lui fut fatale. Ma dernière manœuvre réussit au‑delà de mes espérances : devant, les trois échappés sentirent la menace et ils creusèrent de nouveau l’écart avant de virer pour prendre la montée qui les amènerait à la ligne d’arrivée où ils se disputeraient la victoire ; le peloton se résigna enfin à se disputer la quatrième place. Mon travail était terminé, je pouvais me relever. Doublé de toutes parts dans la côte, je finissais la course en roule libre avant de franchir la ligne d’arrivée bon dernier mais tout sourire ; en apercevant Francis, je n’eus aucun doute ; je savais qu’il avait gagné.

Quand Francis monta sur la plus haute marche du podium, j’applaudis à tout rompre. Pour la première fois sans doute, je ne ressentais aucunement la frustration de la défaite. Certes, ce n’était pas moi que l’on récompensait, mais Francis, au moment où il reçut le bouquet, se tourna dans ma direction et me fit un clin d’œil en levant le pouce, me signifiant par ce geste que j’avais participé activement à sa victoire et qu’il m’en remerciait. Alors que je n’avais pas lutté pour la première place, jamais je ne m’étais autant donné sur mon vélo ; je m’étais livré sans compter ni calculer, avec comme seul objectif que l’échappée ne fût jamais rattrapée. Quand je regardais les courses cyclistes à la télévision, j’avais toujours trouvé ce rôle bien ingrat ; je me demandais même si je ne méprisais pas un peu ces équipiers de l’ombre qui, faute de ne pas être au niveau des plus forts, devaient se contenter de protéger le champion de l’équipe. On ne devrait jamais juger son prochain sans avoir été un jour à sa place ; je les regarderai d’un œil différent dorénavant.

Au-delà de cette petite leçon de vie, j’avais ressenti tous les bienfaits de mon entraînement spécifique puisque j’avais finalement passé toute la course à l’avant du peloton. J’allais pouvoir rejoindre Manu et le terrain de jeu qu’il me proposait dans les meilleures dispositions avec dans un coin de ma tête la course dont m’avait parlé Francis dans la matinée, cette course du quinze août au cœur d’un petit village en fête et dont le patronyme, Bergères‑les‑Moutons, sortait vraiment de l’ordinaire.





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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour à tous,

Pour ce nouvel épisode, Frédo vous offre un petit air de vacances !

Bonne lecture,
wiwi

PS. Le pdf a été mis à jour par Chelmi. Merci à lui !
La tête dans le guidon




Vacances à la ferme









Une semaine avant le Quatorze Juillet, je pris le temps de ranger le magasin avec l’aide de mon apprenti. Je mis également de l’ordre dans mes comptes et fis un inventaire complet du stock avant de passer toutes les commandes qui me permettraient d’anticiper au mieux le début du mois de septembre. Même s’il n’était plus à mes côtés, je restais fidèle à certains préceptes de Monsieur Gontran, ce dernier m’ayant notamment enseigné qu’il était toujours préférable « d’avoir un coup d’avance plutôt qu’un coup de retard ». Le dimanche qui suivit, je partis vers sept heures du matin après un dernier détour par les « Cycles Gontran » afin de vérifier que tout était bien en ordre. En regardant le rideau de fer tiré jusqu’au sol, je quittai avec un peu d’appréhension le magasin ; c’était la première fois que je le laissais seul aussi longtemps.

Il me fallut environ six heures de voiture pour arriver chez le cousin de Manu. Après quatre heures d’autoroute, je musardai en parcourant les soixante derniers kilomètres : je fus d’abord accueilli par des forêts de conifères qui recouvraient les vallons avant de traverser de vastes plateaux à la végétation rase et clairsemée. Dans la dernière heure, je remontai, par les larges virages d’une route peu fréquentée, une longue vallée à la pente douce et régulière ; je commençais à comprendre pourquoi Manu avait pensé à moi et à mon vélo en me conviant dans cette région.

J’arrivai alors en vue d’une petite ville fortifiée qui se reposait sous un immense rocher au sommet duquel une statue blanche lui apportait sa protection. Selon les indications de Manu, je devais contourner la bourgade et son « gros caillou » par la gauche, avant de prendre la direction du col du Puy. Au bout d’un kilomètre, il me faudrait alors suivre une petite route sur la droite en direction de la « Ferme du Fafaillet », du nom du petit ruisseau qui passait à proximité. « Tu verras, la route se termine en cul-de-sac ; mais vers la fin, ce n’est plus une route, c’est un mur ! » avait-il ajouté. Pendant un kilomètre, ma voiture chemina tranquillement le long d’une prairie fleurie avec le ruisseau en contrebas quand tout à coup, malgré l’avertissement de Manu, je dus repasser la première pour éviter de caler tellement la pente était raide. Après deux cents mètres au cours desquels je sentis le moteur vrombir et chauffer, j’arrivai enfin à un ultime ressaut où je garai mon véhicule. Devant moi s’élevait une grande étable ainsi qu’un long corps de ferme ; un peu en retrait, j’aperçus une petite maison d’habitation et un minuscule jardinet d’où jaillit un Manu tout sourire :

« Alors Frédo, il est pas beau le petit coin de montagne de mon cousin ? La côte que tu viens de faire péniblement avec ta voiture doit être à quinze pour cent de moyenne avec des passages à vingt pour cent ! Si tu t’entraînes là-dessus pendant ton séjour, quand tu rentreras chez toi, tu voleras dans toutes les côtes de ton patelin et de ses environs ! À vingt kilomètres d’ici, tu peux aussi aller escalader le col du Puy dont tu as certainement vu la pancarte. Ce n’est pas un col très difficile, mais il est assez long et cache quelques passages assez raides. La vue est si belle là-haut ! Et je ne te parle pas de… Mais je cause, je cause, alors que tu viens de te taper la route ; allez viens, mon cousin nous attend pour l’apéro !

J’allais passer avec Manu, ainsi que son cousin et son épouse, des vacances presque aussi inoubliables que mon séjour chez Tante Lisa et Tante Suzette ; je retrouvai également l’insouciance qui avait été la nôtre lors de nos chasses à la boudrague du côté de Fontperdu. Manu avait toujours la même verve et je prenais un plaisir immense à l’écouter raconter des histoires. Ce qui était étonnant, et je lui faisais remarquer dès le premier soir, c’était qu’à l’écrit, il était beaucoup plus calme ; que son style était très posé et que l’atmosphère qui s’en dégageait était souvent nostalgique, voire mélancolique ; qu’il y avait toujours beaucoup de place pour la rêverie et le silence ; pour la nature également. « C’est vrai Frédo, c’est un beau compliment que tu m’adresses en me disant cela. Pourtant, c’est bien le même bonhomme qui écrit ; c’est le même homme que celui qui te parle actuellement. La différence, c’est qu’il ne s’exprime pas de la même manière… Mais… peut-être que… Quand j’écris, est-ce vraiment moi qui m’exprime finalement ? Je veux dire… quand je te parle, c’est que j’ai quelque chose à te dire ou une pensée à exprimer, ma pensée le plus souvent. Quand j’écris, c’est un peu différent ; je ne parle pas de moi, ni de ce que je pense ou de ce que je ressens, surtout quand je décris des paysages. Certes, il y a parfois des personnages qui traversent mes descriptions, mais ce sont souvent des ombres qui évoluent à l’arrière-plan. Depuis peu, j’ai commencé à écrire des bouts de textes mettant en scène des individus et dans ce cadre-là, j’essaye de me glisser dans la peau de la personne que je décris ; pour m’aider, je prends parfois appui sur quelqu’un que j’ai pu croiser. Je tâtonne encore beaucoup dans mon travail d’écriture ; je ne sais pas toujours très bien dans quelle direction cela pourrait m’emmener. L’important, c’est que cela me permet de voir autre chose que l’entreprise de Papa parce que… Dommage que l’on ne puisse pas seulement vivre d’amour et d’eau fraîche, n’est-ce pas Frédo ? D’ailleurs, de toi à moi, l’eau fraîche, on maîtrise plutôt pas mal, surtout avec un bon pastis ! mais l’amour… je veux dire l’amour entre deux êtres, je crois bien que ce n’est pas vraiment notre truc… d’ailleurs… toi aussi, toujours célibataire Frédo ?

Je regardai Manu en souriant ; le pastis commençait à faire son effet. Je me fis alors la réflexion que je me posais moins de questions que Manu maintenant que j’avais trouvé ma place dans le monde du cyclisme. Et côté cœur, peut-être que le temps des amours n’était pas encore venu en ce qui me concernait même si j’étais loin d’être indifférent aux visites d’Aurélie dans mon magasin. Je souris de nouveau. Manu et moi avions allègrement dépassé la trentaine et nous vivions dans un monde qui semblait vouloir aller de plus en plus vite ; en tout cas bien plus vite qu’une course de vélo. Pourtant, j’étais là à siroter tranquillement mon pastis en regardant le cousin de Manu sortir les boules pour une partie de pétanque. Étions‑nous insouciants ou inconscients ? Rebelles ou résistants ? Ou finalement des gens simples profitant de leurs vacances comme il devait certainement en exister des millions dans ce pays ? Un peu tout cela peut-être… Je devins pensif : à peine deux heures en présence de Manu et déjà j’ébauchais de vagues pensées philosophiques. Attention à ce deuxième pastis tout de même ; et à toutes ces délicieuses charcuteries ! Un tel cocktail ne fait pas toujours bon ménage avec les sportifs. Tant pis pour ce soir, je serai plus attentif demain… Les jours qui suivirent, je me contentai de prendre un seul pastis et de grignoter deux ou trois tranches de saucisson. En revanche, je ne fis aucune concession durant les parties de boules au cours desquelles je me démenai comme un beau diable malgré mon manque patent d’entraînement en comparaison de Manu et de mes hôtes.

Le lendemain de mon arrivée, je me levai tardivement avec un très léger mal de tête. Après un copieux petit déjeuner, je partis faire une balade à pied autour de la ferme. La petite maison dans laquelle Manu et moi logions était accolée à une barre rocheuse en calcaire et pour rejoindre le plateau situé en amont, un sentier longeait la falaise sur près de trois cents mètres avant de pouvoir s’élever à travers un éboulis. Au bout d’une courte montée, je parvins sur une vaste étendue où paissaient les vaches du cousin de Manu ; en contrebas, on voyait distinctement les différents bâtiments de l’exploitation. À cette occasion, je découvris un immense potager ainsi qu’un pré où deux chèvres broutaient, attachées à un piquet ; je restai plusieurs minutes à les observer avant de traverser une immense prairie constituée d’herbes sauvages et de chardons dans laquelle le sentier s’était perdu au milieu des traces de vaches et de moutons. Alors que je m’apprêtais à faire demi‑tour, j’aperçus une ancienne fermette en ruine ; au pied de cette dernière aboutissait un chemin carrossable. Ce dernier contournait la barre rocheuse et je retrouvai un peu plus bas la petite route qui m’avait amenée en voiture ; même à pied, le « mur de Fafaillet » était vraiment impressionnant.

En fin d’après-midi, le temps d’émerger d’une sieste rendue nécessaire par l’excellent repas au cours duquel je ne pus résister à toutes les tentations, je partis à la découverte du col du Puy. Comme me l’avait indiqué Manu, c’était un col assez roulant avec deux ou trois passages soutenus dans sa dernière partie. Laissant quelques instants mon vélo au niveau du col, j’accédai à pied à un petit promontoire d’où je pus admirer les différentes vallées de la région qui s’étalaient à perte de vue sous un ciel limpide ; la vue était vraiment magnifique. À la fin de cette sortie au cours de laquelle je parcourus une quarantaine de kilomètres, je goûtai pour la première fois au « Mur de Fafaillet ». Jamais je n’avais escaladé une pente aussi raide, et malgré des développements adaptés aux terrains montagneux, je dus me dresser de toutes mes forces sur les pédales pour ne pas faire du surplace au risque de chuter ; impressionnant ! Après une bonne douche, je m’installai sous le soleil couchant dans le petit jardinet et regardai d’un air songeur le sommet de la montée diabolique qui avait failli me clouer sur place. Et si je lui lançai un défi ? Dans la mesure où j’avais prévu de rester une dizaine de jours, pourquoi ne pas tenter de grimper cette côte en ajoutant une montée par jour ; peut‑être arriverais-je, à l’aide de cette méthode progressive, à réaliser l’exploit qui consistait à enchaîner le mur à dix reprises ?

Au cours des quatre premiers jours, j’arrivai sans trop de difficulté à relever le défi. En revanche, à partir du cinquième jour, je me demandai si je n’avais pas été trop ambitieux, d’autant plus que j’ajoutais ce difficile exercice à la fin de mes sorties. Ce jour-là, je revenais d’une randonnée d’un peu plus de soixante kilomètres avec deux cols à la clef. Dès la troisième répétition, je fus obligé de forcer et au cours des deux dernières montées, j’eus si mal aux cuisses que je dus me masser longuement avant que mes muscles ressemblent à autre chose que deux bouts de bois. Ainsi, le sixième jour, je fus presque plus concentré sur le « Mur de Fafaillet » que sur la sortie que j’avais programmée pour la matinée ! Pourtant, en suivant les conseils du cousin de Manu, je m’étais aventuré, laissant le col du Puy et son admirable point de vue de côté, dans une succession de plateaux si sauvages que la seule présence de l’homme semblait se résumer aux murets de pierre qui séparaient de vastes pâturages à l’herbe grasse. C’était un vrai régal que de suivre la route qui tournoyait élégamment à travers ce magnifique paysage. En me retrouvant sur ce terrain plus roulant que la route du col du Puy et surtout ce diable de Fafaillet, je fus surpris de voir avec quelle aisance j’évoluais : au cours d’un très long faux plat qui descendait à peine, jamais le compteur de mon vélo ne descendit sous les quarante-cinq kilomètres à l’heure ; mon séjour portait indéniablement ses fruits.

Depuis que j’étais ici, je n’avais aucune contrainte sinon celle de faire du vélo, passant le temps qu’il me restait à me reposer afin d’être en forme à l’heure de l’apéritif et de la partie de pétanque ; j’étais également chouchouté par la maîtresse de maison qui, à chaque repas, mettait son talent et sa générosité à cuisiner les produits de la ferme à mon intention. En retour, je n’hésitai pas à leur venir en aide au moment de rentrer les vaches dans l’étable à l’heure de la traite. Tous les jours, je prenais également le temps de nourrir la basse-cour, aimant particulièrement passer un long moment à observer les lapins dans leur clapier. J’aimais aussi jouer avec leur chien, un magnifique border collie noir et blanc dénommé Gangster qui, en plus d’exceller dans la conduite des troupeaux, s’avérait être un incroyable gardien de but dès lors que l’on essayait de le surprendre avec une balle de tennis : il n’avait pas son pareil pour effectuer des figures acrobatiques au moment où il saisissait la balle dans sa gueule, sa figure favorite consistant à réaliser une pirouette arrière. Le chien avait visiblement trouvé en moi un agréable compagnon de jeu, car souvent il venait à ma rencontre, la balle de tennis entre les dents, avant de la déposer à mes pieds en aboyant joyeusement. Au cours de mon défi du « Mur du Fafaillet », Gangster devint même mon plus fervent admirateur, m’accompagnant même plusieurs fois dans mes montées et mes descentes avant de retourner s’asseoir, la langue pendante et le souffle court, en haut de la bosse où il regardait chacune de mes montées victorieuses d’un air intrigué.

Le dernier jour, alors que je terminai victorieusement ma dixième ascension du Mur de Fafaillet, en plus de Gangster qui aboya comme jamais, Manu, son cousin et sa femme m’accueillirent avec des applaudissements nourris et une bouteille de champagne. Très essoufflé par un effort qui avait été d’une rare intensité, je profitai néanmoins de l’occasion pour tous les remercier et leur dire combien j’étais enchanté par mon séjour. En m’adressant à Manu, je lui déclarai que j’avais passé les vacances les plus merveilleuses depuis mon enfance et la chasse à la boudrague. Il en fut très touché : « Je suis heureux de savoir que notre amitié peut nous apporter de si beaux moments ; je me dis parfois que c’est un peu dommage que nous soyons si loin l’un de l’autre, mais aujourd’hui, alors que nous avons passé pour la première fois depuis si longtemps une dizaine de jours ensemble, je suis convaincu que la distance qui nous sépare nous… hé bien, paradoxe quand tu nous tiens, cette distance… elle nous rapproche ! J’en ai la larme à l’œil avec tes conneries là ! Allez, c’est l’heure de l’apéro et de notre dernier repas. Tu vas voir, nos hôtes se sont surpassés ! »

En reprenant la route le lendemain en fin de matinée avec une bonne gueule de bois, je repensai à cette soirée passée avec Manu et son cousin. Bien moins raisonnable que les jours précédents, je m’étais laissé tenter par plusieurs pastis et un petit vin régional, à la grande joie du cousin de Manu qui avait fini par m’appeler « l’ascète » au cours de mon séjour. J’aimais la franchise de nos rapports et je me sentais beaucoup plus à l’aise avec le cousin de Manu que je ne le fus jadis au milieu des amis de Marlène. Un court instant, j’eus une pensée pour cette dernière et j’espérai qu’elle avait trouvé quelqu’un avec qui elle vivait ce qu’elle n’avait pu vivre avec moi. Je souris ; notre séparation et les mauvais moments qui y étaient associés ne semblaient plus qu’un bien lointain souvenir… Au moment de partir, Manu me fit promettre de le tenir au courant des résultats de ma prochaine course en même temps qu’il me serrait dans ses bras en me souhaitant bon voyage.

Pendant la majeure partie du trajet, je fus un peu triste de m’en retourner dans ma solitude ; pourtant, en abordant des routes familières sous un franc soleil, ma mélancolie s’estompa. Avant de rentrer chez moi, je passai par mon magasin et fus soulagé de constater qu’il m’avait sagement attendu. Nous étions une semaine avant le quinze août.





La tête dans le guidon
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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour à tous,

Avec ce nouvel épisode, il ne serait pas impossible que Frédo entame la dernière ligne droite de son épopée !

Bonne lecture,
wiwi

PS. Le pdf a été mis à jour par Chelmi. Merci à lui !
La tête dans le guidon




Par une belle journée du mois d’août






La semaine qui précéda la course de Bergères-les-Moutons, je me coupais du monde ; ou plus précisément, je me coupais du monde des hommes. Je fis une seule sortie sur route d’une quarantaine de kilomètres au cours de laquelle je grimpai avec une aisance incroyable trois belles bosses de la vallée de la Gire. Les autres jours, je repeignis les volets du salon et rangeai un garage qui s’était sérieusement encombré depuis mon emménagement ; et, en fin d’après-midi, je me contentai d’alterner une petite sortie en vélo‑tout‑terrain avec un peu de marche dans le bout de forêt et les cultures qui s’étendaient derrière chez moi. L’été était bien installé ; les champs de blé et de colza se reposaient d’une récolte précoce et seul le maïs attendait maintenant patiemment son heure. Lors de mon séjour chez le cousin de Manu, je m’étais parfois fait la réflexion, devant la beauté des monts et des vallons, qu’ils avaient beaucoup de chance d’habiter au milieu d’un tel décor. Là, en prenant le temps d’observer les champs qui se perdaient dans l’horizon, en devinant dans le lointain le clocher d’une église de village, je devais bien reconnaître que j’étais profondément attaché à ma plaine ; certes, cette dernière ne vous faisait pas de cadeaux quand le vent soufflait par rafales, mais en prenant le temps d’aller à sa rencontre, on découvrait qu’elle avait de très beaux présents à nous offrir : un moulin au détour d’une rivière ; une vaste longère aux fenêtres colorées par des jardinières débordant de géraniums ; les andins de paille qui se reposaient au sol avant d’être transformés en de grosses balles rondes et dorées.

La veille du quinze août, je vérifiai fiévreusement mon vélo avant de mettre tout mon matériel dans la voiture : je souhaitais être prêt à partir le plus tôt possible le lendemain matin. Même si ma course n’était programmée qu’à quatorze heures, je voulais prendre le temps de m’imprégner du parcours et de l’ambiance. Pour le repas du midi, je me concoctai un copieux taboulé ; j’avais repéré sur la carte qu’un étang bordait le village, certainement un lieu parfait pour pique-niquer. Le soir, j’eus un peu de mal à trouver le sommeil ; j’étais si fébrile que je me relevai pour vérifier une dixième fois le contenu de mon sac. Enfin, peu après vingt-trois heures, je tombai dans un profond sommeil et je ne fus réveillé qu’à sept heures par l’alarme de mon réveil, heureux de me retrouver comme par enchantement le lendemain matin. J’ouvris les volets ; le soleil se levait au milieu d’inoffensifs nuages blancs : une belle journée s’annonçait.

Je parvins en vue de Bergères‑les‑Moutons peu après neuf heures trente par une belle descente. Malgré l’heure matinale, de nombreuses voitures étaient déjà garées dans les champs mis à disposition des visiteurs autour de l’étang ; et, en sortant de mon véhicule, si les bruits de la fête parvenaient distinctement à mes oreilles, une rangée de maisons m’empêchait de voir autre chose que le toit de l’église et son clocher dont les cloches annonçaient la messe du quinze août. De l’autre côté de l’étang, j’aperçus des bénévoles balayer la route dans la perspective de la première course qui était programmée à onze heures. Cela me laissait environ une heure pour étudier le parcours dans ses moindres détails et en toute tranquillité ; j’étais impatient de m’assurer qu’il était bien fidèle à la succincte description de Francis : « assez accidenté avec une très belle côte ». En me dirigeant vers les bénévoles, ces derniers m’indiquèrent que le départ était situé en amont à trois cents mètres environ, devant l’église et la place du village. Ils ajoutèrent également que la longue montée que j’avais devant les yeux était la principale difficulté du parcours ; « mais attention tout de même à la descente qui vous ramènera vers le village, il y a un rond-point difficile à négocier ; cela serait dommage de vous retrouver dans le lavoir situé en contrebas ! » Je les remerciai et m’engageai sur la route.

La descente que j’avais empruntée en voiture faisait bien partie du parcours, à la différence notable que nous allions l’escalader à dix reprises ; dix fois, comme le « Mur de Fafaillet ». Alors certes, la pente était bien plus modeste, mais en arrivant au sommet, mon compteur m’indiqua que j’avais déjà parcouru plus d’un kilomètre. Je tournai alors à cent quatre-vingts degrés sur une route communale qui me rappela étrangement le « chemin aux betteraves » de mon enfance : par endroits, il y avait de l’herbe au milieu d’une chaussée dont le revêtement était extrêmement médiocre. Pendant un kilomètre, je zigzaguai entre de larges et hautes haies avant de longer un corps de ferme à partir duquel l’horizon se dégagea. Là, j’aperçus un croisement et un bénévole me fit signe de tourner à gauche sur une route plus large qui jouait aux montagnes russes sur deux kilomètres. Décidément, il allait être difficile de trouver le bon rythme sur un tel parcours. Francis avait vu juste en le décrivant comme « assez accidenté » ; il aurait même pu préciser « très accidenté », rectifiais-je en prenant de la vitesse dans la descente qui me ramenait vers le village. Me rappelant les avertissements des bénévoles, je ralentis prudemment au moment d’aborder une large courbe ; je ne vis le rond-point qu’au dernier moment et je dus écraser les freins pour éviter de me retrouver dans le décor. Sur ma gauche, j’eus à peine le temps d’apercevoir le lavoir où je crus distinguer une silhouette agiter la main ; j’abordai déjà un virage qui tournait à angle droit sur la gauche, permettant ainsi d’entrer dans Bergères et de rallier l’arrivée. Les protections entourant le virage étaient impressionnantes : de nombreuses bottes de foin avaient été placées devant les barrières dans le but certainement de protéger les coureurs qui vireraient trop larges. Extrêmement songeur à la vue de ce final d’autant plus spectaculaire que la route remontait pour rejoindre la ligne d’arrivée, je découvris une place de l’église déjà bien garnie ; les manèges tournaient au milieu des flonflons et sur une estrade, l’organisation du rendez-vous cycliste donnait déjà de la voix par le biais d’un micro branché à de grosses enceintes ; je n’étais pas certain que les fidèles pussent prier paisiblement sur les bancs de l’église ! Derrière les barrières, des spectateurs se rassemblaient déjà alors qu’il était à peine dix heures ; je n’avais jamais vu une telle ambiance pour des courses de ce niveau.

Alors que je m’étais arrêté près de la ligne d’arrivée, j’entendis quelqu’un derrière moi crier : « Frédo, Frédo ! » Je reconnus immédiatement la voix Francis, et sans doute était-ce sa silhouette que j’avais entraperçue dans le dernier virage. « Je suis content de te voir Frédo ! Comme tu n’avais plus donné de tes nouvelles depuis un moment, je me demandais même si tu allais réapparaître aujourd’hui ! On sera donc quatre de Gironville : Nicolas, Julien, toi et moi. Nicolas, à courir partout avec les jeunes du club, est assez fatigué comme à son habitude ; Julien tient une sacrée forme : depuis que le lycée est terminé, il passe son temps sur le vélo ; quant à moi, je ne me sens pas trop mal indiqua-t-il avec un large sourire. Et toi ? » Sans trop rentrer dans le détail, je lui confiai que je m’étais entraîné sérieusement. Francis était venu en famille et son camping-car était garé derrière le lavoir ; il me proposa de venir manger avec eux. Je refusai un peu embarrassé en lui expliquant que je préférais rester dans ma bulle avant la course. Francis me dévisagea en fronçant les sourcils ; puis, retrouvant rapidement le sourire il ajouta : « Oh toi, tu nous prépares quelque chose ! Allez, à tout à l’heure sur la ligne de départ et n’arrive pas trop tard, nous sommes pas loin de cent inscrits ! » J’accueillis la nouvelle non sans une certaine réticence. Cent cyclistes à prendre l’épingle à cheveux en haut de la bosse pour se retrouver à plus de quarante à l’heure sur le petit chemin de campagne ; cent vélos dans la descente avant d’aborder le rond-point et le virage aux bottes de foin…

Très inquiet, j’effectuai une nouvelle fois le parcours avec cette information qui ne cessait de me trotter dans la tête : cent coureurs sur un tel parcours… une telle situation n’était pas du tout à mon avantage, bien au contraire. Dans la bosse, j’arriverais certainement à rester dans les premières positions, mais j’allais ensuite me faire bousculer sur la petite route et plus encore dans la descente avec ce rond-point puis le virage à l’équerre ; je ne voyais pas comment je ne reculerais pas en fin de peloton. Certes, j’avais réalisé pas mal de progrès cette année, mais je n’étais définitivement pas de ceux qui pourraient gagner une course en démarrant dans une descente ; à chaque tour, j’allais devoir dépenser énormément d’énergie pour, dans le tour suivant, espérer retrouver les avant‑postes. Je terminai ce deuxième tour de reconnaissance avec toutes ces interrogations en suspens. En passant devant le lavoir, je vis Francis et toute sa famille qui s’affairaient autour du barbecue ; dans le village, les cloches sonnaient la fin de la messe.

En arrivant à proximité de la ligne de départ où commençaient à s’installer les concurrents de la première course, je vis les fidèles descendre des marches de l’église ; sur le perron, le prêtre arborait un large sourire et serrait les mains. Je m’arrêtai, descendis de vélo et m’approchai de la petite place en pavé. Soudain, il me revint en mémoire une cérémonie à laquelle j’avais assisté à plusieurs reprises devant l’église de Fontperdu ; je me demandais si cela n’était pas à la même période de l’année. Devant le perron de l’église, la plupart des guides du village étaient rassemblés autour de leur équipement que le prêtre bénissait afin qu’il veillât sur eux lors de leurs courses en montagne. Enfant, j’avais toujours trouvé cette cérémonie curieuse ; en grandissant, je l’avais jugée ridicule. En regardant mon vélo que je tenais fermement par le cintre, je crus comprendre quel sens pouvait revêtir un tel cérémonial. Sans vraiment m’en apercevoir, je m’étais approché des marches où les derniers fidèles finissaient de descendre, et sans doute quelque peu étonné de voir un coureur avec le regard dans le vague au pied des marches de son église, le prêtre vint à ma rencontre et m’adressa la parole : « Mon fils, il fut un temps où je parcourais ma paroisse à vélo, en contemplant le paysage et en méditant sur ma relation avec Dieu. Je dois vous avouer qu’aujourd’hui encore, je ne manque aucune course cycliste à la télévision. Alors tous les quinze août à Bergères‑les‑Moutons, vous pensez bien que je suis le plus heureux des hommes de voir tout ce monde réuni ! Dans la mesure où vous n’êtes pas encore en tenue, je suppose que vous vous alignez sur la course de cet après‑midi ? Je viendrai vous encourager, ainsi que l’ensemble des autres concurrents bien entendu, ajouta-t-il avec un sourire. » Alors qu’il me serrait chaleureusement la main, je lui demandai s’il pouvait bénir ma machine afin qu’elle ne connût aucun souci mécanique durant la course, ce qu’il m’accorda avec grand plaisir. Il ajouta alors : « Les voies du Seigneur sont certes impénétrables mon fils, mais sachez qu’elles sont souvent miséricordieuses et qu’elles savent récompenser l’homme de bonne volonté. » Un peu mal à l’aise avec ce qui commençait vaguement à s’apparenter à un sermon, je m’éclipsai et retournai à ma voiture ; j’avais encore deux heures à attendre. Je m’installai près de l’eau, mangeai mon taboulé ainsi qu’un grand sandwich acheté à la buvette de la fête du village avant de patienter en regardant les quelques pêcheurs éparpillés autour de l’étang. À treize heures, soit une heure avant le début de la course, je retirai mon dossard avant de partir m’échauffer autour du circuit. Il y avait du monde sur tout le parcours, notamment dans la première côte puis au niveau du fameux rond‑point. En regagnant la ligne d’arrivée, je vis que de nombreux spectateurs s’étaient massés le long des barrières ; j’avais l’impression d’être au milieu d’une course professionnelle, d’autant plus qu’un animateur commentait la mise en place de notre course en détaillant le nombre d’inscrits, les clubs les plus représentés ainsi que les hommes en forme du moment.

Je fus secoué d’un long frisson au moment où Francis et son fils Julien vinrent s’installer à côté de moi sur la ligne de départ : « sacrée ambiance, hein Frédo ! Et tu vas voir, à chaque passage, l’animateur se déchaîne pour le plus grand bonheur des spectateurs. Même nous sur le vélo, on y croit à fond ; on a l’impression de faire le Championnat du Monde ! » Avec tous ces coureurs à prendre le départ, j’eus toutes les peines du monde à entrevoir Julien assez loin derrière moi.

Plus que cinq minutes avant la délivrance ; comme j’en avais maintenant pris l’habitude, je mangeai religieusement une pâte de fruits avant de boire deux gorgées de boisson énergétique. Deux minutes avant quatorze heures, j’enclenchai ma chaussure gauche dans sa cale et une minute avant l’heure fatidique, je mis en route mon compteur. Sous les gants, je sentis que j’avais les mains moites et que ce n’était pas en raison de la chaleur de ce début d’après-midi. J’avais tout simplement la trouille, il n’y avait pas d’autre mot pour décrire ce que je ressentais. Je n’eus pas le temps de m’épancher sur cette sensation que le départ était donné sous les cris de la foule.





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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour à tous,

Je profite de ce dernier épisode de "La tête dans le guidon" pour remercier Cyclos-cyclotes d'avoir hébergé avec bienveillance les aventures de Frédo au cours de ces quelques mois. J'espère que vous aurez passé un bon moment de lecture en sa compagnie !

Bien à vous,
wiwi

PS. Le pdf a été mis à jour par Chelmi. Merci à lui !
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Un rêve de gosse








La petite descente qui passe devant l’étang est vite avalée et nous voilà pour la première fois dans la longue bosse qui débute le circuit. Francis et Julien sont à mes côtés ; nous sommes dans le premier tiers du peloton et la montée s’effectue à un rythme régulier ; tout le monde semble s’observer. À la moitié de l’ascension, je sens déjà que j’ai des fourmis dans les jambes ; j’hésite même à lancer la première offensive au moment d’aborder l’épingle à cheveux. Patience, Frédo, patience… Sur le petit chemin de campagne, la course change de physionomie : plusieurs coureurs accélèrent ; je suis surpris et recule vers le milieu du paquet. Merde, quelle faute d’inattention. Me voilà emprisonné en plein cœur de cet énorme peloton ! Je suis en partie tétanisé et recule de plus en plus alors que nous entamons la descente à vive allure. Peu avant d’arriver au rond-point, j’entends le bruit des freins et des « attention ! Obstacle ! » J’ai envie de fermer les yeux en espérant me retrouver dix secondes plus tard. Arrête tes conneries Frédo, ce n’est pas le moment de flancher ; regarde la route, bon sang, et concentre‑toi sur ce rond-point qu’on va aborder à pleine vitesse et… ouf… on… on l’a contourné par la gauche ! Je ne sais pas comment j’ai réussi à passer, mais c’est passé ! Et maintenant, le virage à angle droit… je freine un peu… putain, mais c’est pas vrai, il y a une dizaine de coureurs qui ont réussi à me passer à l’extérieur sans freiner ! Il est vraiment infernal ce passage… dix tours dans ces conditions, je ne vais jamais y arriver !

En passant pour la deuxième fois devant l’étang, je retrouve avec soulagement la longue bosse qui se dresse devant moi ; le rythme ralentit enfin. Je double de nombreux coureurs en empruntant les bas-côtés. Je m’aperçois que beaucoup d’entre eux ne sont pas à la fête ; le rythme ne s’est peut-être pas tant ralenti que ça, c’est moi qui suis particulièrement à l’aise sur ce type de terrain… Je regarde derrière moi ; plusieurs coureurs viennent de se faire décrocher. J’ai de nouveau une terrible envie d’accélérer ; mais n’est-il pas encore un peu trop tôt ? Et puis, ne suis-je pas encore trop loin de la tête ? Je double Nicolas qui ne semble pas au mieux ; à l’avant, Francis et Julien sont toujours bien placés. Je me rapproche enfin des premiers rangs ; nous venons déjà d’effectuer la moitié de la montée. Alors oui, c’est certainement prématuré de tenter quelque chose, mais mentalement, je sens qu’il vaut mieux que je sois devant à agir plutôt que derrière à être ballotté par les événements. Je place un démarrage assez appuyé en espérant emmener deux ou trois coureurs dans mon sillage. La manœuvre semble fonctionner : ils sont quatre à me rejoindre et je prends de gros relais en tête pour tenter de creuser l’écart avec le peloton ; au diable la stratégie ! À la fin du chemin aux betteraves, juste avant de tourner à gauche pour prendre les montagnes russes, nous doublons déjà quatre coureurs attardés. Au moment d’aborder la descente, je suis moins anxieux ; en petit comité, le rond-point et le virage aux bottes de foin seront plus faciles à négocier. J’essaye de me détendre, me place en dernière position et suis sans réfléchir la trajectoire des coureurs qui me précèdent. Nous passons la ligne sous les encouragements des spectateurs ; avec une telle course de mouvement, ils ne doivent pas s’ennuyer.

C’est le début du troisième tour et nous attaquons la bosse à un rythme très soutenu. En me retournant, je constate que le peloton est assez loin. Je ne relâche pas pour autant mes efforts. L’épingle à cheveux et le chemin aux betteraves ; le carrefour et le virage à gauche en direction des montagnes russes ; et de nouveau la descente, le lavoir, et la remontée vers la ligne. Le quatrième tour s’annonce déjà et je ressens un peu de lassitude alors que nous ne sommes pas encore à la mi-course. En abordant la montée, j’aperçois l’avant‑garde du peloton revenir sur nos talons ; tout est à refaire ! Je n’ai pas le temps de tergiverser : quatre coureurs contrent immédiatement ; parmi eux, il y a Julien. Ils ont déjà cent mètres d’avance et je sens que le bon coup est en train de partir. J’hésite, j’hésite ; j’ai peur de ramener le peloton sur le groupe de tête et de condamner Julien. Tout cet entraînement pour rien, fait chier quand même… Sur la droite, un coureur tente de s’extraire du peloton, je me lance à ses trousses, suivi par Francis et deux autres concurrents. Derrière, le peloton ne semble pas vouloir réagir, mais devant, je vois l’échappée s’éloigner inexorablement ; un mélange de rage et de désespoir s’empare alors de moi et je place un démarrage qui laisse Francis et les trois autres coureurs sur place. Il faut absolument que je revienne sur l’échappée avant la fin de la montée sinon c’est mort. Je donne tout ce que j’ai ; le groupe de tête se rapproche. En haut de la côte, j’ai encore une vingtaine de mètres à combler ; je ferme les yeux et appuie de toutes mes forces sur les pédales ; plus que dix mètres et je vais pouvoir rentrer. « Julien, Julien, attends-moi bordel ! » J’ai hurlé tellement fort que j’en ai mal à la gorge. Je commence à avoir soif ; et faim également, mais comment prendre le temps d’avaler quelque chose dans ces conditions ? Julien m’a entendu : il se retourne puis se glisse à l’arrière de l’échappée. Dix mètres… cinq mètres… On vient d’entamer les montagnes russes et enfin je réussis à rejoindre l’échappée ; mais à quel prix ? Je bois un peu avant la descente ; j’essaye également d’avaler quelque chose, mais j’ai tellement de mal à respirer que je manque de m’étouffer ; je recrache tout et suis pris d’une quinte de toux ; j’ai envie de vomir… Et de nouveau la descente et le rond-point ; et le virage avant la remontée vers l’arrivée. Je perds quelques mètres et dois de nouveau faire l’effort pour franchir la ligne dans les roues de mes compagnons d’échappée. Nous entamons seulement le cinquième tour ; quelle intensité cette course bon sang ! Au cours du tour suivant, j’essaye de récupérer en écourtant mes relais en tête au maximum.

Sixième tour. Elle commence à faire vraiment mal aux jambes cette montée, mais en scrutant le visage des autres concurrents, je me dis que je ne dois pas être le seul. Il y a des coureurs éparpillés sur tout le circuit. Derrière nous, le peloton doit avoir bien maigri ; il n’est pas bien loin d’ailleurs le peloton… Un peu agacé, mais surtout très inquiet, je prends un long relais et incite mes coéquipiers à faire de même en effectuant un geste tournoyant avec ma main. L’entente n’est pas extraordinaire : deux coureurs semblent fatigués ; Julien lui, a l’air assez serein, mais ménage ses efforts, le quatrième coureur également. En haut de la bosse, je vois le peloton tourner à l’épingle alors que nous venons à peine de prendre la petite route. Je me sens terriblement las ; je suis même en colère d’avoir fait tous ces efforts pour rien. Et Julien qui me semble toujours autant à l’aise. Je remonte à sa hauteur et crie : « Julien, je commence à être cuit, mais si on continue à cette allure-là, on va se faire reprendre. Prends ma roue, je vais faire un gros tempo en tête ; on va d’abord tenter de reprendre nos distances sur le peloton. Ensuite, tu finiras le travail. » Je me place immédiatement en tête et imprime un train d’enfer, sans me retourner.

Alors que je viens de tourner à gauche en direction des montagnes russes, j’ai un moment de flottement. C’est curieux, les signaleurs semblaient particulièrement m’encourager quand j’ai pris le virage. Je commence à être vraiment crevé, je vais devoir relâcher mon effort… Je me retourne… Je suis tout seul… Incrédule, je regarde de nouveau derrière moi : pas de trace de l’échappée ni du peloton. C’est incroyable ; sans même l’avoir voulu, je suis seul en tête… à un peu plus de trois tours de l’arrivée ; trois interminables tours… Non, ce n’est pas le moment de penser à ça… Putain, mais c’est dingue ça ! je suis en tête ; je suis seul en tête ! Tout à coup, je suis envahi par une vague d’émotions ; je suis même pris d’une irrésistible envie de pleurer… puis de rire… On se calme Frédo, on se calme… Tu commences par terminer la descente sans te casser la figure… voilà, comme ça… Je passe le rond-point et aborde le virage aux bottes de foin avant de remonter vers l’église. Je commence d’ailleurs à bien l’aimer cette descente ; c’est même grisant ! Au moment de passer la ligne, j’entends la voix du commentateur annoncer mon numéro de dossard, mon nom ainsi que mon appartenance au club de Gironville… puis : « douze secondes d’avance sur le peloton, douze secondes ! » Autant dire rien du tout.

Le temps presse. Je tente d’élaborer une stratégie : je vais me donner à fond dans la longue bosse ; ils m’auront ainsi en point de mire, mais ils auront l’impression de ne pas me reprendre du temps ; en revanche, je profiterai du reste du parcours, où je serai la plupart du temps hors de vue, pour m’économiser quelque peu. J’effectue alors toute la montée en danseuse ; à bloc. En haut de la bosse, j’ai repris du temps, c’est certain. Sur le bord de la route, je suis constamment encouragé et à la fin du huitième tour, je vois l’ensemble de la famille Pasquier debout sur le lavoir hurler de toutes ses forces ; « allez, Frédo, vas-y, ouais ! » J’entame le neuvième tour en entendant le commentateur annoncer vingt secondes d’avance. J’ai donc accru mon avance de huit secondes ; ce n’est pas grand-chose, mais j’ai roulé plus vite que le peloton au cours du tour précédent. Dans la montée, je me remets en danseuse, mais je commence à avoir mal aux jambes ; à plusieurs reprises, je dois même m’asseoir sur la selle ; je joue avec les vitesses ; je ne sais plus trop quel développement adopter : soit j’ai l’impression de pédaler dans le vide, soit je dois forcer pour avancer. Je finis la montée avec difficulté ; quel soulagement de basculer sur la petite route après l’épingle à cheveux ! J’essaye de maintenir une bonne allure avant la descente ; je me retourne à deux reprises, sans vraiment voir ce qu’il se passe derrière moi. Il ne faut pas se retourner ; si tu te retournes, c’est foutu, tu vas les voir à deux cents mètres derrière et toutes tes forces vont te quitter ; tu risques de te transformer en statue de sel. Enfin la descente… c’est curieux, ce passage qui avait été proche de la vision d’horreur au cours du premier tour est presque devenu un petit havre de paix au milieu de toute cette tempête. Je raconte n’importe quoi...

Plus qu’un tour. C’est dingue ! cela me paraît complètement irréaliste ; peut-être que je vais… « dix secondes d’avance, plus que dix secondes d’avance » annonce la voix au micro. Un court instant, je me sens faiblir ; et puis non, pas maintenant, pas après tous ces efforts ; et souviens-toi, dans la bosse, c’est toi le plus fort ; sur ce circuit tout entier même, parmi la centaine de coureurs au départ, c’est toi le plus costaud. Allez, ne craque pas maintenant, mais bon sang de bois, que cette bosse est interminable ! Dans les derniers cent mètres, je me dresse sur les pédales et tourne à l’épingle en doublant un attardé qui m’encourage avec ce qu’il lui reste d’énergie. Je ne réfléchis plus ; je donne tout ce que j’ai… bientôt la ferme et après la ferme le carrefour et le virage à gauche et ensuite les montagnes russes puis la descente et le rond‑point et le lavoir et le virage avec les bottes de foin et au bout, au bout… Je viens de passer la ferme, j’aperçois le carrefour ; je n’avais pas fait attention les tours précédents, mais il y a beaucoup de monde au carrefour ; des bénévoles qui se sont rassemblés ; pas mal de concurrents qui ont abandonné et de simples spectateurs bien sûr. Tout le monde m’encourage, en criant ou en applaudissant ; j’arrive à leur faire un léger signe de tête et à esquisser un sourire. Vous allez voir, c’est moi qui aurai le dernier mot ! Et de me lancer à toute vitesse dans les montagnes russes avant d’aborder la descente, ma descente. Oui, ma descente, car je l’ai finalement apprivoisée cette satanée descente ! Elle est de mon côté maintenant et elle va peut-être m’ouvrir les portes de la victoire. J’aborde le rond-point à une vitesse folle et j’entends tout à coup la voix de Manu surgir de ma mémoire « Oh la la ! quel risque il est allé prendre pour couper le virage à la corde ! On a nettement vu le pneu arrière chasser à l’entame du dernier virage mais heu-reu-se-ment qu’il est doté d’un talent ex-cep-tion-nel, talent qui lui aura permis de rattraper avec brio une manœuvre d’une audace hal-lu-ci-nan-te ! » Mais le pneu ne chasse pas ; je passe le rond-point avec une maîtrise incroyable et aborde le dernier virage. J’ai l’impression que le temps ralentit ; que tout ralentit. Je suis dans un rêve… Je vois le virage venir à moi, s’offrir à moi et je vire comme jamais je n’ai viré, j’ai l’impression que je suis à l’horizontale et que mes genoux vont toucher terre ; et, une fois le virage franchi, je crois revivre cet instant une nouvelle fois. La ligne me tend les bras ; je sens les crampes me courir le long des mollets et des cuisses. Je me remets en danseuse une dernière fois ; non j’ai trop mal. Je me rassois avant de franchir la ligne en brandissant un poing rageur. Non, ce n’est pas possible… j’ai… j’ai gagné… avant d’aller m’écrouler un peu plus loin dans le fossé : je n’ai pas eu le temps de descendre de vélo que les crampes ont envahi mes jambes. Je ne peux plus bouger. Je suis couché dans l’herbe sous mon vélo. Mais quelle importance, j’ai gagné… j’ai gagné… et je pleure comme jamais je n’ai pleuré ; de joie ; mais aussi de la souffrance endurée, de tous ces efforts enfin récompensés ; de toute cette émotion, c’est… oui j’ai gagné… j’ai enfin réalisé mon rêve de gosse, un rêve pourtant tout simple à son commencement : gagner une course de vélo.


Épilogue


J’eus besoin d’une bonne demi-heure pour reprendre mes esprits avant de retourner à ma voiture ranger mon vélo. Cette fois-ci, je ne repartirai pas comme un voleur après avoir rendu discrètement mon dossard et insulté un concurrent. Non, aujourd’hui, j’aurai droit à un beau bouquet de fleurs ainsi qu’une séance photo pour la rubrique sportive du journal local. J’avais encore bien du mal à réaliser. C’était idiot, mais pendant quelques secondes je me demandai si c’était vraiment moi qui avais gagné. « Quatre secondes, tu as gagné avec quatre secondes d’avance sur le peloton m’avait indiqué Francis venu à mon secours pour m’extirper du fossé. Incroyable ! Tu as fait un sacré numéro Frédo, une victoire en costaud comme on dit, car derrière toi, la plupart des gars se sont relayés pour tenter de te rattraper. »

Je rentrai à mon domicile en toute fin d’après-midi ; après toute l’effervescence de la course et du podium, le contraste avec le silence qui régna d’abord dans ma voiture puis dans ma maison fut assez déconcertant ; le calme après la tempête d’une certaine manière. Mais un calme relatif puisque j’étais toujours dans ma course, ne cessant de la revivre, comme pour me dire que non, je n’avais pas rêvé, que j’avais vraiment gagné ; pour me souvenir de tout également ; pour que chaque instant de cette course restât à jamais gravé dans ma mémoire, surtout ce dernier virage que je ne cessais de revoir au ralenti… Je somnolais dans mon canapé quand la sonnerie du téléphone me fit sursauter.

« Alors Frédo ! j’attends de tes nouvelles depuis plus de deux heures moi ! Et mon cousin aussi aimerait bien savoir si l’air pur de sa région et la cuisine de sa femme t’ont réussi ! Ça a donné quoi ta course ? » Je ne pus m’empêcher de rire avant de répondre à Manu : « Hé bien je l’ai gagné Manu ma course ; je l’ai enfin gagné cette course de vélo » Quant à son déroulement, les entraînements, les souvenirs d’enfance et les aventures vécues pour en arriver là, tout resta bloqué au fond de ma gorge, comme si j’avais trop de choses à dire et que je ne savais pas vraiment par quoi ni par où commencer.

« Tu sais Manu, je crois qu’il faudrait que tu viennes me voir afin que j’essaye de te raconter tout ça depuis le début. » Et d’ajouter immédiatement en riant de nouveau : « mais ne t’attends pas à avoir de quoi écrire un roman avec ma petite histoire !

- Qui sait Frédo, qui sait ? » me répondit Manu d’un air songeur.

Au moment où nous allions raccrocher, j’ajoutai en guise de conclusion : « J’ai enfin trouvé un nom pour mon magasin de vélos. Dorénavant, il va s’appeler : la tête dans le guidon. »




Automne 2020 – Vallée de Chevreuse





Dernière modification par wiwi78 le lun. 14 juin 2021 17:15, modifié 1 fois.


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Ravélo Bernard
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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par Ravélo Bernard »

Haa merde, c'est fini !!

J'aimais bien le suivre, Frédo :D


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par JessicaB »

Je n'ai pas eu le temps de le lire depuis un moment, va falloir que je m'y attèle :)

Merci pour le partage :trinque


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par Ravélo Bernard »

re yop

Fais nous une suite :

On le retrouve 10 ans plus tard cette première victoire et après avoir gagné quelques belles courses, Frédo en a un peu marre de la "compet".
Il prend une année sabbatique et se lance dans une randonnée très longue distance ou il va découvrir ...............


:D :D :D


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour Bernard (et les autres aussi...)

C'est peu probable. Ou alors il faudra que j'ai mené à terme les autres projets que j'ai en tête, ce qui n'est pas pour tout de suite ! (même s'il est vrai que j'aimerais bien écrire des nouvelles avec le sport en toile de fond, auquel cas le vélo pointera peut-être de nouveau le bout de son nez).

À moins que... Il faudrait que "La tête dans le guidon" rencontre un immense succès commercial et que je surfe sur son succès pour écrire vite fait une suite toute pourrie que tout le monde achètera les yeux fermés plein pot :mrgreen: :mrgreen:


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par albina »

Bonjour Paul
J'ai bien aimé suivre ces aventures de Fredo ; même si ce monde cycliste là se situe à des années-lumière de ma pratique personnelle :mrgreen:
Dis-nous, cette histoire est écrite à la première personne... Est-ce une pure fiction, ou il y a-t-il une part autobiographique ?
Merci en tous cas pour ces bons moments
Charles


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Bonjour Charles,

Si j'ai choisi la première personne, c'est avant tout pour des raisons que je qualifierais de "littéraires". En effet, l'avantage de cette approche est l'immersion : on découvre l'histoire avec Frédo, on souffre avec Frédo, on partage ses joies, etc. Ainsi, l'histoire est vraiment centrée sur lui, ce qui n'enlève en rien l'importance des personnages secondaires, je pense à Monsieur Gontran notamment. À plusieurs reprises, Frédo nous fait part de sa frustration, de son incapacité à raconter ses aventures, ses émotions. Dans l'épilogue, une phrase sibylline de Manu aura peut-être éveillé votre attention : "Et si c'était Manu qui avait écrit l'histoire de son ami Frédo ?"

Pour faire un parallèle avec le cinéma, écrire à la première personne, c'est comme si j'avais joué le rôle de Frédo. Effectivement, ce rôle fut sans doute plus facile à endosser dans la mesure où j'ai moi-même pratiqué le cyclisme. Pour répondre plus précisément à ta question, je me suis donc servi de tout ce que j'avais à ma disposition : mon expérience personnelle, ce que j'ai pu observer autour de moi, et mon imagination. De mon point de vue, "La tête dans le guidon" est un roman, une fiction, mais surtout pas une autobiographie. Paul (wiwi) n'est pas Frédo. Je n'écris pas sur moi, je me sers de moi et de mon vécu pour proposer un livre aux lecteurs. L'important dans un livre, c'est ce qu'il contient, et tout ce qu'on attend de son auteur, c'est d'écrire un bon bouquin. L'auteur en lui-même ? On s'en fout ! D'ailleurs, Anatole France l'écrivait bien mieux que moi en son temps :

C'est un mal, par exemple, que, grâce à la photographie et au reportage, les écrivains soient aujourd'hui mieux connus du public que leurs œuvres. On sait s'ils sont chauves et s'il font des dettes, avant de savoir ce qu'ils ont écrit. Et, si l'on a quelque curiosité de leur pensée, c'est dans leurs conversations plutôt que dans leurs ouvrages qu'on est enclin à la satisfaire.
Anatole France - La vie littéraire - 12 février 1888 (l'incident Daudet-Tourguénef)

Mais puisque nous sommes entre nous, je peux néanmoins vous faire une confidence : il ne serait pas impossible que la plupart des événements que j'ai relatés, à quelques détails près, me soient réellement arrivés, de la même façon que Marcel (Pagnol) a relaté "le coup du roi" au cours de sa fameuse chasse à la bartavelle. Il y a donc, dans tout ce que j'ai écrit, une part de vérité et une part d'imagination, l'important étant que le lecteur… y croit !

En espérant avoir répondu au mieux à ta question,
wiwi

PS
Petite précision : En donnant des exemples précis de "ce qui est réellement arrivé" et "ce qui est issu de mon imagination", j'ai un peu peur de "rompre le charme". C'est peut-être grâce à cela que le livre garde un côté magique, même si cela peut entraîner un peu de frustration de "ne pas savoir"...


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par Ray_Mee »

pas normal qu'il gagne Frédo, j'aimais bien quand il ronchonnait d'avoir perdu :D je le voyais bien finir perdant et boucler son magasin avec des dettes quelques années après :lol:


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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

"Et ils vécurent malheureux et n'eurent jamais d'enfant."

Non, définitivement non. Les librairies regorgent d'écrits pessimistes, sombres et sans espoir. Il ne me semblait pas utile d'ajouter Frédo à un segment déjà bien encombré ! Il me fallait également éviter l'excès inverse, à savoir les contes de fée qui dégoulinent de bons voire niais sentiments, et qui d'ailleurs cohabitent joyeusement avec les écrits pessimistes dans les librairies. Bref... et pour citer une nouvelles fois Anatole France :

L’artiste doit aimer la vie et nous montrer qu’elle est belle. Sans lui, nous en douterions.

Je ne prétends pas être un artiste mais je me dis que le lecteur qui aura lu "La tête dans le guidon" un soir avant de s'endormir ne devrait pas courir le risque d'en faire des cauchemars.


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Pedrodelaluna
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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par Pedrodelaluna »

Bel écrit !

:bravo3 :trinque


La vie, c'est comme la bicyclette.

Il faut avancer pour ne pas tomber.
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Re: La tête dans le guidon (Un roman qui a pour cadre le cyclisme)

Message par wiwi78 »

Merci !


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