L'idée principale sur laquelle l’itinéraire s'articule était de revenir où mes parents s'étaient installés pour leur retraite, non loin de Sisteron. J’avais envie de revoir cette région dans laquelle je n'ai pas vraiment habité mais que je connaissais un peu puisque mes parents y ont résidé jusqu’au décès soudain de ma mère. Le projet consistait donc à imaginer une boucle passant par Turriers et Melve, proches de Sisteron, puis de découvrir d’autres zones pour arriver à rouler un peu plus de 4 jours, avec un objectif de 50 km et moins de 1000m de D+ par jour. Après avoir envisagé un projet qui passait par Seyne-les-Alpes et Digne-les-Bains, j’ai privilégié celui de repartir vers les Baronnies. Je connaissais un peu, après ma traversée des Alpes Avignon - Thonon-les-Bains d’il y a 10 ans et j’avais envie de faire découvrir ce secteur à ma cyclote.
Il était évident de choisir Sisteron comme point de départ, facilement rejointe en voiture depuis Salon-de-Provence. On a trouvé facilement un endroit qui nous a semblé sûr pour la laisser avec quelques affaires dedans pour quelques jours. Après une bonne demi-heure pour se préparer et charger les vélos, nous quittons Sisteron par une route finalement pas trop passante avec comme objectif le village de Turriers dans les Alpes-de-Haute-Provence tout près des Hautes-Alpes où ma mère était en maison de repos. Il était déjà 17h. L’idée était d’aller bivouaquer du côté de Bayons. Le début se fait dans une plaine agricole alluvionnaire jusqu’au torrent du Sarre qui descend du versant Nord du massif des Monges, dans les Préalpes de Digne.

Finalement à la sortie du village de Clamensane nous tombons sur un camping qui venait juste d'ouvrir pour la saison. Il faisait beau, la lumière du soir était belle à 19h.

On s’est dit que c’était le bon endroit pour passer la nuit et le bon moment pour monter la tente. Excellent accueil au camping, bière fraîche ; il faut savoir saisir les opportunités.

Le lendemain matin, nous avons continué à remonter la vallée du Sarre jusqu'au joli village de Bayons.

Comme souvent, nous nous sommes arrêtés pour découvrir le cœur de village au lieu de suivre la route qui le contourne. Par chance, nous avons trouvé l’église ND de Bethléem ouverte (ça devient rare); une très vieille et jolie église romane classée.
A partir de Bayons, la pente se corse : je découvre de loin les fameux “tourniquets”, un enchaînement de lacets très spectaculaires qui ont été construits pour passer un verrou rocheux.


J'avais découvert cette route magnifique quand mes parents habitaient là-bas, et cela faisait plus de 30 ans que je voulais y passer à vélo. C’est un endroit très connu des amateurs de rallye car le Monte-Carlo l’incluait souvent sur son parcours (mais c’est un désastre : les spectateurs font un carnage tel que les communes n’autorisent plus le rallye à y passer, comme nous l’a raconté l’agent du département avec qui on a discuté plus haut dans la montée).
Une fois les tourniquets passés, nous débouchons sur un joli petit col à 1200 m d'altitude.

C'est magnifique, car la vue s'ouvre au Nord sur les montagnes enneigées du massif des Écrins puis sur le village de Turriers.

Nous avons bien sûr fait le détour par la maison de repos l'Eau Vive, puis pique-niqué en contrebas du village en profitant du soleil pour sécher notre tente mouillée et nos sacs de couchage humides, puis continué notre boucle en revenant sur la Motte du Caire par un nouveau petit col et une très jolie route. J’étais heureux de rouler dessus et je l'ai trouvée bien plus jolie que dans mes souvenirs.



A la Motte-du-Caire, les “kilomètres quasi gratos” (faux-plats descendants) sont terminés ; une courte mais assez rude montée sous la chaleur de l’après-midi nous élève vers le petit village de Melve où mes parents habitaient. Je retrouve les paysages que j'ai connus il y a presque 40 ans : pas de changements profonds mais quelques évolutions : par-ci un bosquet qui a pris de l’ampleur et cache presque le village, par-là de nouvelles maisons.

Le bourg, lui, n'a quasiment pas changé.


L’épicier ambulant arrive opportunément et nous faisons les quelques emplettes que nous comptions faire à la Motte, empêchés dans notre plan par des horaires d’ouverture “sudistes".
J’ai la chance de pouvoir revoir la voisine de mes parents, 94 ans, qui nous invite à prendre le café, ce qui nous donne l’occasion d’échanger des nouvelles après tant d’années et surtout d’évoquer le souvenir de ma maman avec beaucoup d’émotions.
C’est dans une belle lumière et les splendides paysages printaniers que nous quittons le village et les souvenirs qui y sont attachés. Après quelques bosses, nous nous engageons dans la descente sinueuse vers Claret. La route a été élargie depuis 40 ans mais ça reste un plaisir de descendre par là.
A Claret, nous remplissons les bidons en prévision du bivouac que j’avais prévu sur la commune de Ventavon que nous atteindrons très prochainement : ça nous évitera de chercher de l’eau. Je me charge donc de 3 kg d’eau et ça se sent immédiatement dans la conduite du vélo. La Durance est franchie, qui marque l’entrée dans les Hautes Alpes.

Nous profitons de quelques kilomètres de plat le long du canal et puis ça y est, la dernière montée se présente. Nous irons finalement presque jusqu’au col, préférant tirer au plus loin, en prévision d’une météo du lendemain annonçant de la pluie l’après-midi. La montée au col de Faye est rude, avec des passages à 10%.

Après quelques tâtonnements, nous trouvons un lieu de bivouac parfait : discret mais offrant une vue magnifique ; loin de toute humidité.


Génial.
Ainsi se termine notre deuxième étape. Très belle journée printanière dans de très jolis paysages entre Alpes et Préalpes et souvenirs émus pour moi. Demain, nous franchiront le Buëch pour entrer dans une autre partie des Préalpes appelées les Baronnies Provençales (bien qu'elles appartiennent au Dauphiné).
Suite prochainement.
























